Métavers, quels usages en entreprise ?


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le métavers, quel usage en entreprise ?

Difficile d’échapper à la vague du métavers. Alors que les grandes entreprises multiplient les investissements pour prendre pied sur ce nouveau monde, peu de gens savent à quoi ressemble cet univers virtuel. À quoi sert-il ? Quel est son modèle économique ? S’agit-il, comme certains le prédisent, de l’avenir d’Internet ou d’un énième concept marketing à la mode ? Formateur, expert en intelligence artificielle et en robotique, Cédric Vasseur nous guide dans ce nouvel univers et en explore le potentiel professionnel.

Carrefour l’utilise pour faire passer des entretiens d’embauche, KPMG pour former ses employés, Siemens crée des robots industriels pilotable à distance, Warner Music va y ouvrir un parc à thème, des marques de mode de luxe (Gucci, Louis Vuitton…), mais aussi de fast fashion comme Zara et H&M y vendent des vêtements… Le métavers foisonne de projets. Preuve en est, il mobilise déjà des capitaux considérables, 120 milliards de dollars en 2022, selon le cabinet de conseil McKinsey.

Il faut remonter au boom d’Internet pour assister à une ruée aussi rapide sur un nouveau terrain de jeu technologique. Car les choses sont allées très vite. Tout commence en octobre 2021. Mark Zuckerberg rebaptise alors son groupe Facebook en Meta tout en soulignant que le métavers est l’avenir d’Internet.

Désormais, le géant des réseaux sociaux, qui comprend Facebook, Instagram et WhatsApp, va consacrer une large part de son activité et de ses capitaux à la construction de son propre métavers, Horizon Worlds.

Ainsi, le principal promoteur du web collaboratif, le web 2.0, entend propulser son groupe à la pointe du web 3.0 (ou Web3), un web décentralisé utilisant les technologies de la blockchain et des NFT. Mais qu’appelle-t-on au juste un métavers ? Pourquoi autant d’effervescence autour de ce mot ?

Le métavers, qu’est-ce que c’est ?

Si Facebook a popularisé le terme métavers, les amateurs de science-fiction et les adeptes de jeux vidéo en ligne le connaissent déjà depuis les années 90. Le terme apparaît pour la première fois en 1992, dans le roman Le Samouraï virtuel de Neal Stephenson. Contraction de méta (au-delà, en grec) et univers, un métavers (metaverse en anglais) y désigne un monde virtuel en 3D accessible depuis un casque de réalité virtuelle et dans lequel on est représenté par un avatar.

Mais il existe plusieurs définitions du métavers. Celle du cabinet de conseil Gartner fait référence : un métavers est un univers virtuel qui doit cumuler les caractéristiques suivantes :

•  persistant et immersif ;

•  collectif et partagé ;

•  créé grâce à une réalité numérique et physique améliorée ;

•  accessible via n’importe quel appareil connecté (smartphones, PC, casques VR, tablettes…) ;

•  alimenté par une monnaie reposant sur la blockchain.

Immersif, car on accède majoritairement à cet univers 3D par le biais de casques de réalité virtuelle (VR).

Persistant, car, comme dans tout monde persistant, il ne cesse pas d’exister quand on se déconnecte. En votre absence, d’autres personnes continuent à y évoluer et à le changer. À la prochaine connexion, on retrouve son avatar dans le même état, mais le monde aura pu évoluer. Parmi les mondes persistants, on compte bon nombre de jeux vidéo en ligne massivement multijoueur comme World of Warcraft ou Fortnite.

C’est une réalité numérique et physique améliorée : on arrive aujourd’hui à confondre le réel et le virtuel grâce aux progrès des casques de réalité virtuelle (VR, affichant des images en 3D), mixte (MR, mêlant images réelles et en 3D) ou étendue (XR, ajoutant de l’interaction entre les mondes réel et virtuel).

Enfin, il utilise une monnaie reposant sur la blockchain, comme le Bitcoin, pour être un univers qui se suffise à lui-même. On n’a plus besoin de banque pour se faire prêter de l’argent, ni de notaire pour acheter des terrains dans cet univers virtuel. On essaie de créer un écosystème complètement fermé.

Du côté de Facebook, le patron de Meta, Mark Zuckerberg, donne sa propre définition de son univers virtuel en 3D : « Un Internet incarné dans lequel vous êtes dans l’expérience. […] Vous pouvez faire tout ce que vous pouvez imaginer : vous réunir avec vos amis et votre famille, travailler, apprendre, jouer, faire des courses, créer… »

La France avait déjà un pionnier du métavers en 1997 avec Le Deuxième Monde de Canal+ Multimédia et Cryo. Les participants à cet univers virtuel pouvaient faire évoluer leur avatar dans une reconstitution en 3D de Paris. À cette époque, on a même commencé à développer un langage web pour créer des mondes virtuels en 3D, le VRML. Mais cette technologie est tombée en désuétude et le pionnier français n’a pas trouvé son public.

Quels sont les usages du métavers en entreprise ?

Pour le moment, le métavers a avant tout un usage B to C, un peu comme Facebook à ses débuts, avant que l’entreprise ne trouve la rentabilité avec une activité B to B. Dans un usage professionnel, les applications du métavers concernent :

la maintenance

Exemple : si vous avez un problème dans un tableau de brassage plein de câbles, vous pouvez voir immédiatement à travers votre casque, outil indispensable pour accéder au métavers, quel câble pose problème. Vous pouvez aussi si besoin être mis en relation avec un spécialiste à l’autre bout du monde pour vous accompagner dans la réparation.

Le métavers permettra de faire de la maintenance
Le métavers permettra de faire de la maintenance, comme de la maintenance automobile. © Microsoft Azure

• la formation

Actuellement, quand on souhaite former des personnes sur des machines-outils ou des robots très coûteux, on ne peut le faire qu’avec une personne à la fois, du fait du prix des machines. Avec le métavers, il devient possible de former autant de personnes… que de casques disponibles.

Des simulations déjà utilisées dans le domaine industriel et dans des environnements à risque comme le nucléaire ou la chimie. Une personne pourra ainsi piloter un robot industriel, une grue, conduire un train à bon port sans avoir quitté son fauteuil. Certes, ces simulations existent déjà, mais le métavers ajoute une dimension supplémentaire, car il abolit les frontières. De plus, tous les échanges et ce que l’on fait dans le métavers sont enregistrés, journalisés pour une utilisation future, ce qui a un intérêt pour la gestion des compétences.

• l’architecture

L’architecture est naturellement friande de modélisation 3D. Les architectes peuvent dorénavant présenter leurs modélisations en les faisant visiter directement à leurs clients. Ils pourront également contribuer au marché en plein boom de l’immobilier virtuel. Des investisseurs dépensent déjà des millions en NFT, ces certificats de propriété unique d’un bien numérique, pour acheter des propriétés virtuelles. Avec le métavers, l’architecte devient donc créateur de contenu.

En outre, les créateurs de métavers jouent sur le phénomène de rareté en limitant la taille des terrains et des biens à vendre. Les perspectives de développement sont excellentes puisque, selon l’Organisme mondial du commerce (OMC), le marché des biens numériques croit deux fois plus vite que le marché des biens physiques.

À titre d’exemple, la société française Iconem a passé un partenariat avec Microsoft. Ces ingénieurs et architectes interviennent dans les pays en guerre avec leur Lidar et autres caméras 3D pour numériser des monuments historiques avant leur destruction. Ils aident ensuite les locaux à les reconstruire. Ce sont des experts en jumeaux numériques, des copies numériques d’objets réels. Rappelons aussi que la cathédrale Notre-Dame de Paris est reconstruite en partie grâce à Ubisoft qui avait numérisé chaque centimètre carré de sa façade et de son intérieur pour son jeu vidéo Assassin’s Creed.

l’industrie

Dans la mouvance de l’industrie 4.0, le secteur est évidemment partie prenante du métavers. Boeing est en train de créer son propre univers virtuel reposant sur des jumeaux numériques de ses avions. L’industriel américain cherche ainsi à éviter les erreurs de conception, mais aussi à peaufiner les opérations d’inspection et de maintenance de ses appareils.

De son côté, l’allemand Siemens s’est associé à Nvidia pour créer un métavers industriel. Leur but ? Accroître l’utilisation de la technologie des jumeaux numériques pilotés par l’intelligence artificielle pour faire passer la productivité et l’automatisation industrielles à un niveau supérieur.

Siemens et Nvidia développent une usine dans le métavers
Siemens et Nvidia développent une usine dans le métavers, jumelle de son équivalent dans le monde réel. © Nvidia et Siemens

l’armée

Rappelons que si on a Internet, c’est grâce à l’armée américaine. Les militaires utilisent la réalité virtuelle et la réalité augmentée depuis longtemps. Et, ils souhaitent créer leur propre métavers pour unifier l’ensemble de leurs simulations, mais aussi signer des contrats validés dans la blockchain pour être sûr que le contrat n’a pas été modifié.

L’allemand ThyssenKrupp a ainsi passé un accord avec Airbus et l’armée française. ThyssenKrupp ayant estimé qu’ils pouvaient avoir un gain de productivité pouvant aller jusqu’à 500 % en utilisant la réalité virtuelle/augmentée. Petit bémol : il est compliqué de porter un casque VR toute la journée, ces chiffres sont donc à prendre avec précaution.

l’immobilier et le tourisme

Comme nous l’avons dit plus haut, des terrains, des maisons et des appartements se vendent déjà dans le métavers. De plus en plus d’agences immobilières proposent, elles aussi, des visites virtuelles, avec ou sans casque, depuis un téléphone ou un ordinateur.

Les visites virtuelles intéressent également les musées. Le Google Art Project permet de visiter des musées du monde entier, comme Versailles en réalité virtuelle. Dans le métavers, on peut imaginer pouvoir visiter ces musées avec d’autres personnes, des amis, un guide… avec la possibilité d’ajouter ses propres commentaires et de payer l’entrée avec des bitcoins ou une autre cryptomonnaie.

les réunions

Dans une réunion dans le métavers, on ne sera plus limité par la taille du tableau blanc. Il devient possible de rassembler au même endroit des personnes du monde entier comme avec Zoom ou Teams. Ce n’est qu’un moyen de plus pour participer à une réunion. Certaines personnes se connecteront à une réunion depuis le métavers, d’autres plus classiquement depuis leur téléphone ou leur ordinateur. Microsoft a déployé son métavers d’entreprise appelé Mesh for Teams.

Côté matériel, les entreprises vont devoir s’équiper de casques. Un coût qui s’ajoute à celui de l’ordinateur. Et certaines entreprises dédieront une salle pour que leurs collaborateurs se déplacent avec un casque de RV/RM.

Dans le métavers, les réunions de bureau deviennet plus conviviales
Dans le métavers, les réunions deviennent plus conviviales. © Facebook

les ressources humaines

Prenons l’exemple d’un candidat à une offre d’emploi d’opérateur sur machine-outils. Dans le métavers, il passe son entretien d’embauche et des tests de personnalité, et quand il ouvre une porte virtuelle, il arrive directement sur la machine-outil sur laquelle il sera mis à l’épreuve.

Carrefour, par exemple, fait déjà passer des entretiens dans le métavers pour recruter des profils d’informaticien.

Les univers virtuels peuvent également servir à organiser des formations et améliorer la cohésion d’équipe. Par exemple, le jeu “Keep Talking and Nobody Explodes”favorise le team building : une équipe doit désamorcer une bombe. Un seul joueur est équipé d’un casque VR pour désamorcer la bombe à l’aide d’accessoires. Les autres joueurs, dépourvus de casque, ont des instructions papier pour la désamorcer. Ils doivent réussir à communiquer avec efficacité avec le joueur avec le casque VR pour résoudre le problème d’équipe.

Dans le futur, on peut imaginer qu’on pourra un jour signer son contrat de travail dans le métavers et qu’on recevra sa paie en la sécurisant via une blockchain.

le commerce

Le commerce est le moteur actuel du métavers. Car les achats ne concernent pas seulement des biens réels, mais aussi les biens virtuels. Les utilisateurs du métavers vont consacrer un budget pour changer d’apparence et personnaliser leur avatar, comme dans un jeu vidéo. Cela consiste à acheter des vêtements, des accessoires, etc. Grâce aux NFT, les objets seront garantis uniques. Des marques de renom comme Ralph Lauren, Zara, Walmart ont annoncé la création de magasins virtuels où les clients peuvent essayer des vêtements avant de poursuivre leurs achats en ligne ou dans le monde physique. Cela permet aux marques de tester à peu de frais de nouveaux produits, de mieux connaître leurs clients et de pouvoir mieux les cibler pour de futures campagnes.  

Maison Berger, a testé son premier live-shopping dans le métaverse. Conçue par Wilkins Avenue AR Studio, cette expérience a superposé au monde physique des contenus 3D interactifs lors d'un live sur Instagram.
Maison Berger a testé sa première boutique dans le métavers. Conçue par Wilkins Avenue AR Studio, cette expérience a superposé au monde physique des contenus 3D interactifs lors d’un live sur Instagram. © Maison Berger

Comment fonctionne le métavers ?

Cet espace virtuel utilise des serveurs distribués dans le monde entier. Le métavers, dans sa définition, doit être une superposition du monde réel. Il nécessite donc une infrastructure qui fournit un accès le plus rapide possible, au plus près des utilisateurs. Et on n’aura pas besoin d’être tributaire d’une connexion par fibre optique pour y accéder : la 5G va apporter un accès en mobilité.

Qui plus est, ces serveurs doivent être assez puissants pour stocker les cartes, environnements et objets en 3D du monde virtuel. Étant persistant, ce monde doit pouvoir être journalisé en enregistrant tout ce qui a été fait lorsqu’on ajoute, déplace ou supprime un objet. On sait qui a fait quoi et à quel moment. Cela génère une quantité de données phénoménale. Pourquoi journaliser ? Par exemple, pour pouvoir revenir en arrière si un utilisateur dégrade l’univers.

Comment on y accède ?

Principalement par des casques VR. Ils s’améliorent au fil du temps. Sur les premiers modèles, on ne pouvait pas trop bouger la tête. Aujourd’hui, les solutions sont de plus en plus légères, autonomes (sans besoin de les brancher à un ordinateur) avec un très grand nombre de degrés de liberté pour l’utilisateur. Il faut compter environ 500 € pour les dernières versions.  

L’étape d’après, ce sont les casques de réalité mixte qui sont très coûteux pour le grand public. Meta et Microsoft avec HoloLens ont développé des solutions qui vont envahir le marché. La réalité mixte rajoute des interactions avec le monde réel. Par exemple, si vous soulevez le capot d’une voiture en panne, vous pouvez voir le problème et comment le résoudre même si vous n’y connaissez rien en mécanique. Ce type d’interaction est très demandé dans le monde industriel.

Le métavers est multimodal, accessible également par des lunettes connectées (Ray-Ban a passé un contrat avec Meta), des cabines-écrans qui permettent de se passer de casque, un ordinateur, une tablette, un téléphone ou un téléviseur. Mais les casques devraient prendre le dessus, car ils sont beaucoup plus immersifs.

Les casque HloLens permetten d'accéder au métavers
Les casques de réalité augmentée HoloLens permettent d’accéder au métavers. © Microsoft

Qui sont les acteurs du métavers ?

Bien entendu, les infrastructures et les équipements nécessaires au métavers réclament de lourds investissements. Seules des entreprises à échelle mondiale sont capables de les mettre en œuvre. Parmi les acteurs, on retrouve de grandes entreprises des réseaux, mais aussi les Gafam : Facebook, nous l’avons vu, Microsoft avec son casque HoloLens et son métavers Mesh for Microsoft Teams pour les réunions, et Microsoft Mesh pour créer des univers virtuels ; Amazon, Apple et Google auraient aussi des projets en préparation.

Mais ce sont à ce jour les acteurs du jeu vidéo qui savent déjà maîtriser les moteurs 3D le plus en pointe. On peut citer Nvidia qui propose des cartes graphiques et son propre langage pour la création d’univers virtuels, USD (Universal Scene Description), qui se veut le futur HTML du métavers.

Côté studio de jeux vidéo, la célèbre plateforme Roblox compte chaque jour plus de 50 millions d’utilisateurs actifs ayant recours à son moteur de jeu exclusif, Roblox Studio, pour créer, partager, acheter et vendre des jeux au sein de sa communauté en ligne.

Aujourd’hui, on ne devrait pas dire le métavers, mais les métavers. Ceux-ci sont à ce jour des sites différents avec des accès séparés. Il n’y a pas de passerelle et rien d’unifié. C’est un peu comme au début d’Internet avec plusieurs fournisseurs d’accès, plusieurs moteurs de recherche…

Le métavers, un avenir encore en devenir

Le métavers fait l’objet de spéculation. Les entreprises investissent sans avoir de certitude sur un retour sur investissement. Sans compter que le mot métavers est utilisé à outrance pour vendre des robots, des objets connectés, des logiciels… Pour autant, ce nouvel espace virtuel a un réel potentiel pour l’entreprise, que ce soit pour recruter, vendre des produits, des services ou former ses collaborateurs.

Investir dans le métavers, c’est investir dans les nouvelles technologies qui le constituent comme la 3D, la réalité virtuelle, la blockchain, la 5G, l’IoT, l’intelligence artificielle… Pour une entreprise, c’est aussi un vivier de talents extraordinaires et rares sur le marché. Ces mêmes ingénieurs peuvent travailler sur d’autres domaines comme la médecine, l’industrie, etc.

Investir dans le métavers, c’est découvrir de nouvelles choses qui pourraient faire l’objet de brevets et avoir un usage complètement autre que le métavers avec un impact économique très conséquent. Selon le cabinet Gartner, le métavers représentera en 2024 un marché potentiel de 800 milliards de dollars. Ce serait dommage de passer à côté.

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