Créer des contenus accessibles pour les personnes en situation de handicap : pourquoi ce n’est pas si compliqué


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Parmi les nombreux défis de taille qu’ont à relever les entreprises aujourd’hui, la lutte contre les discriminations est un enjeu majeur. C’est pourquoi elles doivent s’emparer de la question de l’accessibilité numérique, avec l’appui de normes et de référentiels faits pour les accompagner.

Créer des contenus accessibles

Internet est, en soi, une promesse d’accessibilité : celle de pouvoir obtenir des informations à tout moment, en tout lieu et avec tout type de support. Mais diffuser des contenus sur le web ne suffit pas à les rendre accessibles à tous. Certains contenus éditoriaux et multimédias proposés en ligne restent inaccessibles aux personnes en situation de handicap. Le plus souvent, ce manque d’accessibilité s’explique par la méconnaissance de règles simples. Entre responsabilité et enjeux de popularité, les entreprises doivent adopter les bonnes pratiques pour remporter le défi de l’accessibilité et, par conséquent, celui de la non-discrimination. Carole D’Andrea*, experte et formatrice en accessibilité numérique, fait le point.

Le référentiel RGAA : ce qu’il faut savoir de l’accessibilité

Pour accompagner les institutions publiques dans leur démarche d’accessibilité, la DINUM (Direction interministérielle du numérique) a créé en 2009 le Référentiel général d’accessibilité pour les administrations (RGAA). Continuellement amélioré, c’est un outil indispensable pour les éditeurs de site Internet, intranet, extranet, de progiciel ou encore d’application mobile.

Le RGAA est une référence pour l’ensemble des acteurs, qu’ils soient soumis à ses obligations ou juste soucieux d’améliorer la qualité de leur produit. Il permet de déterminer si le produit dont on a la charge est non, partiellement ou totalement conforme aux normes internationales.

Que contient-il ?

Le RGAA comprend deux volets, l’un administratif et l’autre technique. On y trouve notamment :

  • le rappel des obligations légales ;
  • la liste des critères à appliquer, extraits des normes WCAG (à l’initiative du W3C) et EN 301 549 (directive européenne) selon lesquelles une application web doit être perceptible, utilisable, compréhensible et robuste ;
  • une méthodologie d’évaluation de ces critères, incluant plusieurs outils ;
  • les modalités de publication des résultats de l’audit et de la politique d’accessibilité.

Ainsi, l’accessibilité numérique n’est plus réservée aux institutions et administrations publiques : le RGAA présente aux entreprises tout ce qu’elles doivent savoir afin de s’engager elles aussi contre la discrimination des personnes en situation de handicap.

L’accessibilité numérique : un enjeu majeur pour les entreprises

L’accessibilité s’inscrit dans une démarche d’inclusivité qui englobe trois enjeux majeurs pour les entreprises.

Le premier fait écho au droit fondamental d’accès à l’information : les entreprises doivent s’assurer que leurs contenus puissent être perçus, utilisés et compris par tous.

Le deuxième est lié à l’audience, au sens commercial ou communicationnel : l’accessibilité augmente les performances, d’une part en ciblant un public plus large, d’autre part en améliorant l’expérience utilisateur, la robustesse (compatibilité avec différents supports) et indirectement le référencement naturel (visibilité dans les moteurs de recherche).

Enfin, le dernier est juridique : depuis 2016 et la loi pour la République numérique, l’obligation d’accessibilité concerne de nombreuses entités et plus seulement les institutions publiques. Structures du secteur privé dotées d’une délégation de service public, personnes morales de droit privé à but non lucratif, sociétés atteignant un certain seuil de chiffre d’affaires (actuellement fixé à 250 millions d’euros annuels), toutes doivent aujourd’hui œuvrer pour l’accessibilité sous peine de sanctions administrative et financière.

Combattre les idées reçues

Il est nécessaire de combattre certains a priori qui persistent sur l’accessibilité.

« Mon produit numérique n’intéresse pas les personnes en situation de handicap. » FAUX

Au contraire le numérique est essentiel pour ce public. Le handicap n’est pas une caractéristique liée à une personne, mais le résultat d’un manque d’accessibilité du produit ou service qu’elle souhaite utiliser. Générer des produits tenant compte des spécificités de chacun permet à tous de bénéficier des avantages liés au numérique.

« Concevoir un site accessible limite la créativité. » FAUX

adapter ne signifie pas dégrader. Il s’agit de concevoir et de développer les sites de manière inclusive, en anticipant sur des usages et des graphismes différents. C’est justement l’objectif du RGAA : aider les éditeurs à adapter leurs produits, sans les dénaturer. Certaines mesures d’accessibilité peuvent même servir l’utilisateur ne souffrant pas de handicap : aide à la saisie, contrastes moins fatigants pour les yeux, site plus robuste… (lire notre article sur le sujet : l’UX Designer, enquêteur au service de l’utilisateur)

« L’accessibilité est un sujet technique et trop compliqué. » FAUX

Là aussi, le référentiel simplifie le travail en le mettant à la portée de tous. Certes, l’accessibilité demande un investissement de départ (besoin de formation, d’organisation, de vérification…). Mais ensuite, l’effort diminue et se trouve compensé par l’amélioration des performances.

Responsabilités et obligations éditoriales

Aux débuts de l’Internet, il était facile de construire et gérer un site seul. Aujourd’hui, les sites web ne sont plus l’œuvre d’un webmaster isolé, mais de nombreuses compétences combinées. La création et le suivi de ces sites se traitent d’ailleurs essentiellement en mode « projet ».

Dans ce contexte, le RGAA doit accompagner la politique d’accessibilité en faisant converger différentes compétences vers le même objectif de conformité. Pour l’atteindre, il est recommandé de mettre en place certains dispositifs :

  • une charte qualité commune entre collaborateurs, qui serve de référence en interne ;
  • l’obligation de formation des acteurs du projet, chacun à son niveau et sur sa spécialité, contribuant à l’accessibilité finale du produit.

Intégrer les critères d’accessibilité à ses contenus éditoriaux

L’élaboration de contenus web passe par plusieurs étapes :

  • d’abord le cadrage (quels objectifs, quelles actions, quelle charte graphique et éditoriale, quel cahier des charges technique et fonctionnel…) ;
  • ensuite, la préparation des contenus (respect de la charte, mise en place d’alternatives accessibles…) ;
  • enfin, la publication (déploiement et contrôle de la qualité en sortie).

La responsabilité de l’équipe éditoriale est principalement liée à la préparation des contenus pour lesquels elle est garante des bonnes pratiques d’accessibilité. Si le site est un produit développé de manière indépendante, les aspects techniques seront pris en charge par les développeurs. S’il repose sur un CMS (Content Management System), celui-ci doit être conforme au référentiel ATAG du W3C et produire un code compatible avec l’accessibilité.

Le contenu cryptique

Certains critères RGAA ciblent tout particulièrement l’éditorial. En particulier, le référentiel évoque l’accessibilité des « contenus cryptiques ». De quoi s’agit-il ? Un contenu cryptique est un contenu ayant une signification cachée, que ce soit derrière une forme (émoticônes, art ASCII…) ou une tournure particulière (contresens, sarcasme…) que les technologies d’assistance retranscrivent de manière littérale, donc erronée.

Le contenu cryptique est ainsi inaccessible aux personnes qui ont une déficience visuelle ou intellectuelle, et plus généralement à toute personne utilisant un lecteur d’écran. Pour y remédier, le référentiel impose l’ajout d’une alternative textuelle permettant de décoder le contenu cryptique de façon pertinente, soit dans le code avec un attribut « title », soit dans une définition adjacente.

Les spécificités éditoriales

Les règles d’accessibilité touchant le domaine éditorial concernent également la rédaction et les modalités de présentation. Trois conseils à retenir en particulier :

  • Miser sur la clarté 

Éviter les double sens et les figures de style ambiguës, sauf à les expliciter clairement dans une version alternative. Les couleurs et contrastes doivent être suffisants pour faciliter la lecture, le RGAA définissant les valeurs-seuil à respecter. Les cadres et les tableaux doivent être utilisés avec parcimonie, en facilitant leur exploration au moyen du lecteur d’écran.

  • Prévoir une alternative pour les images (illustration, symbole, infographie…)

Avant tout, il est nécessaire de distinguer les images porteuses d’information des images décoratives. Les premières doivent comporter une alternative, à l’inverse des secondes. Le contenu alternatif des images porteuses d’information pourra être véhiculé par l’attribut « alt » (images simples) ou une description (images complexes), tous deux vocalisés en lieu et place de l’image par le lecteur d’écran.

  • Structurer ses contenus

Il est impératif de bien hiérarchiser ses textes avec plusieurs niveaux de titres. L’ordre et la pertinence des titres sont essentiels. Privilégier un alignement à gauche et non « justifié » du texte pour faciliter la lecture. Enfin, utiliser également les fonctionnalités du CMS ou les balises de code pour identifier les citations, les listes, les sauts de lignes, etc. afin que la structure soit préservée quel que soit le mode de consultation.

La charte éditoriale est un support générique qui rappellera ces règles à l’ensemble des contributeurs, y compris les prestataires externes. Ceci, afin de préserver le maintien de l’accessibilité à long terme, au fil des publications.

Les spécificités multimédias

Dans le RGAA, les contenus multimédias regroupent les contenus vidéos, les contenus audios et les éléments animés comme les publicités ou ces cartes interactives où l’on peut naviguer ou afficher dynamiquement des informations. Ils exigent des mesures particulières : 

  • Prévoir des alternatives pour les sons et les visuels

Une transcription textuelle (résumé associé au contenu multimédia) permet d’accéder au contenu informatif indépendamment des flux audio/vidéo. Pour les vidéos, il est nécessaire de doubler les dialogues par des sous-titres de qualité. Par ailleurs,une audiodescription (piste audio secondaire fournissant des explications supplémentaires) peut aussi s’avérer utile pour les personnes ayant une déficience visuelle ou intellectuelle.

  • Offrir des contrôles utilisateur

Mettre en pause, afficher ou masquer les sous-titres, régler le volume sonore… l’utilisateur doit pouvoir adapter le flux multimédia à ses besoins.

  • Limiter les effets visuels gênants

Effets stroboscopiques, mouvements continus… certains effets peuvent causer des troubles épileptiques ou vestibulaires et doivent être évités. Les contenus purement informationnels doivent s’en passer. Si des vidéos ludiques ou artistiques y ont recours, une mise en garde préalable au lancement est impérative.

En conclusion, l’accessibilité numérique est moins compliquée qu’il n’y parait. En s’appuyant sur les normes internationales et le RGAA, les équipes projet peuvent se former et élaborer des chartes qualité. Notamment pour l’éditorial et la production de contenus multimédia) qui favorisent l’inclusion et la lutte contre les discriminations.

Mais au-delà du socle réglementaire d’accessibilité fixé par le RGAA, certaines questions demeurent : « Qui va utiliser ces contenus ? » ; « Dans quel(s) but(s) ? » ; « Répond-on à leur besoin ? ». Ou encore « Quel est le bon équilibre entre accessibilité et référencement naturel ? », les deux domaines ayant des bonnes pratiques communes et d’autres en contradiction.

Ces questions sont d’ordre stratégique et la réponse sera différente pour chaque projet. De quoi prolonger la démarche de mise en conformité, pour une expérience utilisateur vraiment optimale.

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