Économie circulaire : pourquoi et comment passer à l’action ?


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Achats et logistique : l'économie circulaire est une stratégie gagnante au service de la rentabilité de l'entreprise.

La responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) a fait long feu, vive l’économie circulaire ! C’est ce que semblent nous dire les politiques, les gros titres des journaux et les affichages publicitaires qui accompagnent notre quotidien. Et si les deux concepts n’étaient que les deux faces de la même médaille que toute entreprise cherche à décrocher pour rester compétitive et répondre aux attentes de la société ? Entrer dans une démarche d’économie circulaire est une stratégie gagnante pour les entreprises, y compris pour les PME. Le point avec Catherine Viale, consultante et formatrice.  

« Extraire, fabriquer, consommer, jeter » résume bien le modèle économique linéaire dominant. Ses multiples impacts négatifs sur l’environnement et la santé sont aujourd’hui incontestables. Plus personne – ou presque – ne remet en doute son lien de cause à effet avec le changement climatique et la perte de biodiversité.

Actuellement, certaines ressources indispensables à la reprise économique connaissent une pénurie. C’est-à-dire : bois, matériaux de construction, papier, aluminium, vinyle, blé ou encore semi-conducteurs. Cette pénurie met en évidence la rigidité des chaînes d’approvisionnement et la fragmentation des chaînes de valeur. En effet, conception, extraction, fabrication et services se retrouvent séparés dans différents pays, eux-mêmes souvent éloignés des lieux de consommation. Les enjeux écologiques et économiques se sont donc rapprochés jusqu’à aboutir à un consensus : l’économie circulaire doit être le pilier d’un nouveau projet de société, au moins au niveau européen.

Mais en quoi consiste l’économie circulaire ?

C’est un « modèle économique dont l’objectif est de produire des biens et des services de manière durable ». Comment ? « En limitant la consommation et les gaspillages de ressources (matières premières, eau, énergie) ainsi que la production des déchets. » Telle est la définition donnée par le ministère de la Transition écologique. Et c’est bien dans cette optique que les entreprises doivent se mettre en ordre de marche.

Les sept piliers de l’économie circulaire

Lorsqu’on parle d’économie circulaire, on a tendance à l’assimiler à l’économie du recyclage et aux efforts menés en matière d’efficience énergétique. Bien qu’encourageants, ces deux champs d’action ne sont cependant pas suffisants pour résoudre l’équation entre sobriété et création de valeur. C’est pourquoi l’Agence de la transition écologique (ADEME) a décliné les principes de l’économie circulaire selon sept piliers. Étroitement liés, ils sont aussi basés sur la collaboration entre les différents acteurs de la chaîne de valeur.

L'économie circulaire en 3 domaines et 7 piliers selon l'ADEME.

Ainsi, tout projet de transition vers l’économie circulaire nécessite de repenser chaque étape franchie pour produire un bien et le livrer au client. Autrement dit, depuis la conception jusqu’à l’utilisation finale et même au-delà. Cela nécessite très souvent de développer les compétences des collaborateurs  grâce à des actions de formation.

Quelques exemples de formations :

Compétences
à acquérir ou à développer :
Formations :
ÉcoconceptionÉcoconception des services numériques
Achats responsablesConcilier performance achat et enjeux RSE
Achats responsables IT
Gestion des déchetsConcilier prévention et gestion des déchets dans une optique d’économie circulaire
Gérer les déchets d’activités économiques en conformité avec la réglementation française
RéglementationMise en œuvre d’une politique environnementale en entreprise
Droit de l’environnement pour non-spécialiste
Gestion de projetLes fondamentaux de la gestion de projet
Gestion de projet, perfectionnement
InnovationCollaborer avec ses fournisseurs pour innover
Communication et marketingCommunication RSE : valoriser l’image de son entreprise
Marketing durable et responsable
ORSYS Formation

Comment passer concrètement à l’action ?

Mais selon quel angle d’attaque faut-il amorcer la réflexion et définir ses priorités ?

Beaucoup d’entreprises positionnées sur le sujet se focalisent sur la recyclabilité (25 %) et l’allongement de la durée de vie des produits qu’elles fabriquent (34 %). Et cela leur réussit plutôt bien, selon une étude de l’Institut national de l’économie circulaire (INEC) et du cabinet de conseil OPEO (avril 2021). 

Optimiser la gestion des déchets

Une entreprise qui veut mettre le pied dans l’économie circulaire gagne donc à explorer différentes solutions pour optimiser la gestion de ses déchets. Pour cela, elle peut s’appuyer sur la hiérarchie préférentielle de traitement des déchets prônée par le code de l’environnement (voir ci-dessous).

La hiérarchie préférentielle de traitement des déchets

Economie circulaire : la hiérarchie préférentielle de traitement des déchets est définie par le code l'environnement.

L’enjeu ? Embarquer tous les acteurs de l’entreprise dans la recherche de moyens organisationnels et techniques « économiquement acceptables » pour parvenir à un niveau de gestion n-1 pour tous les déchets. L’idée, c’est de procéder étape par étape jusqu’à leur réduction à la source. Car il est bien connu que « le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas », notamment parce qu’il ne coûte rien.

Calculer le vrai coût des déchets

À ce titre, la méthode MFCA (Material Flow Cost Accounting) définie par la norme ISO 14051 : 2011 permet de calculer le coût complet de ses déchets. Elle fait apparaître assez rapidement que la partie immergée de l’iceberg financier n’est pas là où on le pense. En effet, les choix en matière de conception, d’achats de matières premières et de logistique de transports ont au moins autant d’impact que les opérations de fabrication et de tri sur les quantités de déchets générées. In fine, ces choix pèsent souvent bien plus lourd dans la balance que la facture des prestataires d’élimination.

Prolonger la durée de vie des produits

Une autre manière de réduire son empreinte écologique et ses coûts est de détourner ses produits en fin de vie du statut de déchet. Un statut qui est non seulement synonyme de perte de valeur mais aussi fort contraignant d’un point de vue réglementaire. Pour cela, l’entreprise doit élargir la consultation de ses fournisseurs et clients à d’autres acteurs susceptibles de considérer ses rebuts comme une richesse. Elle peut le faire soit directement, soit par l’intermédiation d’organismes tels que chambres consulaires, clubs d’entreprises ou agences de développement économique. L’idée clé, c’est la mise en réseau dans une perspective d’écologie industrielle territoriale. Ainsi, la boucle est bouclée !

Économie circulaire et PME : des avantages bien réels  

La mise en place d’un projet d’économie circulaire peut sembler un investissement relativement lourd pour une petite entreprise. Pourtant, elle présente des avantages bien réels, comme une meilleure maîtrise des coûts et une compétitivité accrue.

Conquérir de nouveaux marchés

S’engager dans l’économie circulaire, c’est anticiper les évolutions normatives et réglementaires plutôt que les subir. C’est aussi se placer sur le terrain de l’innovation et devenir précurseur dans un système voué à évoluer. Voire conquérir de nouveaux marchés.

L’un des exemples les plus frappants est le succès des cabas, gourdes, mugs et autres objets de la vie courante, qui remplacent progressivement les emballages et la vaisselle en plastiques à usage unique. Et ce, sous la pression réglementaire et de l’opinion publique.

Réputation et attractivité

Par ricochet, le fait de passer au vert dans ses pratiques et son offre améliore la réputation et l’attractivité de l’entreprise. D’une part, auprès des jeunes générations de consommateurs soucieuses de consommer « responsable ». D’autre part, auprès des collaborateurs qui souhaitent donner du sens à leur activité professionnelle.

Une vision stratégique de moyen terme

Du côté des décideurs, s’engager dans cette démarche implique d’avoir une vision stratégique de moyen terme pour se détacher des contraintes immédiates de leur segment de marché. Cela requiert également une volonté d’ancrer leur entreprise dans le territoire en privilégiant des circuits courts et en créant des emplois non délocalisables.

Des partenariats

Pour prétendre à l’efficacité, l’économie circulaire ne peut être le résultat de l’addition d’initiatives isolées. Au contraire, elle est basée sur la coopération entre différents secteurs via des partenariats interéconomiques, à l’origine de nouveaux modèles d’affaires. À titre d’exemple, citons l’explosion de l’offre de location et de réparation de vélos portée aussi bien par des associations et des artisans que par des grandes marques sportives depuis une dizaine d’années. 

Pour conclure, l’optimisation de la gestion des déchets n’est qu’un des pans de l’économie circulaire. Mais c’est pourtant cette démarche qui reste la plus concrète pour susciter un changement des comportements. En effet, elle permet d’embarquer tous les métiers avec les services environnement et qualité dans une analyse holistique des processus de l’entreprise. À savoir : acheteurs, bureaux d’études, exploitants, maintenance, logisticiens, commerciaux…

Répondre au besoin de résilience face à la finitude des ressources nécessite souvent une remise en question du business model de l’entreprise. Certes, la révision de l’organisation, des technologies et des savoir-faire engendre des coûts non négligeables. Mais 85 % des entreprises qui ont sauté le pas considèrent que c’est une véritable opportunité pour leur compétitivité et le développement de nouveaux marchés (Étude INEC et OPEO).

Dans le cadre du plan de relance, 350 millions d’euros visent à soutenir l’économie circulaire. Des mesures d’accompagnement financées par l’ADEME s’adressent aux PME, aux TPE et aux organismes de l’économie sociale et solidaire.

C’est le moment idéal pour se lancer !

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