Transition écologique : la réduction carbone passe par les achats


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Il faut “accélérer la transition bas-carbone”, a récemment souligné le Haut Conseil pour le climat. À l’heure où “les deux tiers de la population française sont déjà fortement ou très fortement exposés au risque climatique”, la baisse des émissions de gaz à effet de serre doit être soutenue de façon ambitieuse. Pour Martine Pallot*, évaluatrice du Label “Relations Fournisseurs et Achats Responsables” (RFAR), les acheteurs sont en première ligne pour réduire l’empreinte carbone à la source.

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Les forêts brûlent, les déserts progressent, l’élévation du niveau de la mer menace des villes et des îles… Jamais les phénomènes climatiques n’ont été aussi violents que dans les dernières décennies. En France, les précipitations de plus en plus violentes, les vagues de chaleur et les sécheresses illustrent ce changement climatique. C’est également le constat du Haut Conseil pour le climat (HCC) dans son dernier rapport sur la neutralité carbone Renforcer l’atténuation, engager l’adaptation – Juin 2021 : “les impacts du réchauffement climatique se [font] déjà ressentir sur l’ensemble des régions françaises”.

Un impératif : ralentir le réchauffement de la planète

Pour faire face à la crise climatique, la solution est connue et partagée par tous les acteurs : une décarbonation rapide de l’économie est nécessaire. Ce, dans tous les secteurs d’activité. Pour les experts, nous avons moins de 10 ans pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C d’ici à la fin du siècle. C’est en effet ce que conclut le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) dans la première partie de son sixième rapport publié en août dernier.

L’objectif ? Le “zéro émission nette” ou “zéro net”

À la suite de l’Accord de Paris de 2015, l’objectif est d’atteindre une décarbonation complète d’ici 2050 : c’est ce qu’on appelle le “zéro émission nette” ou encore le “zéro net”. À ne pas confondre avec la neutralité carbone qui se contente d’un équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’origine humaine et leur retrait de l’atmosphère par l’Homme. Ce sans engagement en termes de réduction des émissions de GES. Avec le “zéro émission nette”, on change de paradigme : il s’agit d’agir en amont pour réduire les quantités de GES émises par l’activité économique et in fine ne plus en émettre.

Pour la France, le “zéro net” signifie diviser par six les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Cet objectif implique une transformation profonde des modes de vie, de consommation et de production. La Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) donne des orientations aux politiques publiques pour réussir la transition vers cette nouvelle économie.

Mais, comme l’a récemment souligné le HCC, “trop d’incertitudes persistent encore sur la mise en œuvre des politiques publiques. Elles sont globalement trop peu alignées avec les orientations de la SNBC pour garantir l’atteinte des objectifs bas-carbone à l’horizon 2030”. Même constat du côté du Conseil d’État. Le 1er juillet dernier, la Haute juridiction a en effet enjoint au gouvernement de prendre, avant le 1er avril 2022, des mesures supplémentaires pour atteindre l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici à 2030 (objectif issu de l’Accord de Paris). 

Évaluer ses émissions de gaz à effet de serre pour agir

La norme internationale (GHG Protocol) permet de comptabiliser les émissions de GES. Elles sont réparties en trois champs dits scope 1, scope 2 et scope 3 afin d’être évaluées.

Les émissions de gaz à effet de serre selon le GHG Protocol

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Depuis la loi du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l’environnement, les entreprises de plus de 500 salariés (et les collectivités de plus de 50 000 habitants) ont l’obligation de comptabiliser leurs émissions directes et indirectes liées à l’énergie, c’est-à-dire les scopes 1 et 2. La comptabilisation du reste des émissions indirectes (scope 3) est seulement recommandée. Pourtant son intérêt stratégique est aujourd’hui bien connu. D’après l’ADEME, le scope 3 représente souvent plus de 80 % des émissions d’une entreprise.

Plusieurs facteurs peuvent aujourd’hui inciter les entreprises à définir de nouveaux axes stratégiques de développement. À savoir : nouvelles réglementations, SNBC, investisseurs, consommateurs et clients.

Des incitations à la prise en compte des GES par les entreprises

Achats - Réduction carbone - ORSYS - Formation

* La déclaration de performance extrafinancière (DPEF) est une obligation réglementaire pour certaines entreprises qui consiste à publier une déclaration comprenant les principaux risques RSE liés à l’activité. Elle se structure autour de quatre thématiques : social-sociétal, environnement, lutte contre la corruption et droits de l’Homme.

C’est le cas du français Schneider Electric avec le “Zero Carbon Project” qui s’intéresse aux émissions émises par les fournisseurs du groupe et aux émissions liées à l’utilisation des produits par les clients (scope 3).

Les achats au cœur des stratégies bas-carbone

Les acheteurs sont en première ligne pour décarboner leur entreprise. Les achats représentent plus de 60 % du chiffre d’affaires de celle-ci. Ils sont donc incontournables dans toute politique de réduction de l’empreinte carbone. Actuellement, la contribution des acheteurs à la réduction carbone porte sur les scopes 1 et 2. Elle consiste principalement à :

  • réduire les consommations d’énergies ;
  • faire évoluer le mix des consommations énergétiques en développant les énergies renouvelables ;
  • renouveler les flottes de véhicules en privilégiant les voitures électriques ;
  • accompagner les démarches Green IT pour développer l’économie circulaire et améliorer l’efficience énergétique.

Réduire les émissions de GES du scope 3 nécessite de prendre en compte l’ensemble de la chaîne de valeur et donc de connaître les émissions de CO2 des fournisseurs. Aux acheteurs de les accompagner dans la quantification de leurs émissions, la définition d’objectifs de réduction et la mise en place de stratégies bas-carbone.

C’est un véritable big bang dans la fonction achats : il faut s’organiser pour collecter les données auprès des fournisseurs, permettre à l’entreprise de mieux identifier les risques, créer les conditions de l’innovation pour réduire drastiquement le carbone.

Former les acheteurs pour développer une nouvelle logique d’achat

Réussir la transition écologique, c’est aussi former les acheteurs :  

Former aux nouveaux enjeux

La compréhension des enjeux et des risques RSE est la première étape pour sensibiliser l’acheteur à la performance globale (économique, environnementale, sociale et sociétale) et déployer une nouvelle logique d’achat. Cette approche est développée dans la formation Achats responsables : concilier performance achat et enjeux RSE.

Former aux nouveaux outils

Se former à l’économie circulaire, à l’empreinte environnementale, à l’ACV (analyse de cycle de vie) ou encore à l’écoconception… par exemple, avec la formation Écoconception des services numériques. L’objectif est de réduire les émissions de gaz à effet de serre tout au long de la chaîne de valeur.

Former au capital fournisseur

Les fournisseurs deviennent une ressource externe de l’entreprise. Les acheteurs doivent être capables de communiquer, partager les enjeux, développer une relation fournisseur basée sur l’écoute, la confiance et la coopération. Et ce, conformément à la Charte et au Label RFAR. La formation Collaborer avec ses fournisseurs pour innover contribue au développement du management de la relation fournisseur.

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