Formation professionnelle : les leçons de la pandémie


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Ce que m’a appris (ou confirmé) l’année écoulée en matière de formation professionnelle, par Philippe Argouges*

Pandémie - formation professionnelle - ORSYS

En 2020, beaucoup de secteurs d’activité ont éprouvé de sérieuses difficultés et ce n’est pas encore terminé. Pourtant, au regard de ces secteurs en souffrance, celui de la formation professionnelle en ressort avec un bilan plutôt positif. Et cela, probablement grâce à la technologie.

Il a en effet fallu trouver des solutions efficaces pour répondre aux contraintes de cette situation. Mais quelles leçons peut-on en tirer ? Quelles évolutions parmi celles initiées ces derniers mois peuvent être pérennes ? Voici mes cinq constats à méditer pour le futur.

1. Les classes virtuelles fonctionnent beaucoup mieux que ce que les acteurs de la formation pensaient

Il y a un an, j’aurais sûrement estimé la durée maximum d’une classe virtuelle à 1h. Pour moi, au-delà de cette durée, les apprenants décrochent. De plus, il me semblait que les classes virtuelles n’étaient adaptées qu’à la transmission de connaissances, pas à la formation professionnelle telle qu’elle est perçue.

En clair, une formation de plus d’une journée incluant savoir-faire ou savoir-être n’avait aucune chance d’être efficace en classe virtuelle. En tout cas, telle était mon opinion.

Mais voilà : en 2020, nous n’avons pas eu le choix. La grande majorité des formations s’est déroulée sous forme de classes virtuelles. Ainsi, en ce qui me concerne, sur 100 jours de formation, j’en ai passé 70 à distance. Et cette tendance devrait se poursuivre en 2021.

De leur côté, les apprenants semblent satisfaits. Lorsque je leur demande leur avis sur cette modalité, la plupart du temps, elle leur convient bien.

2. Les apprenants acceptent les nouvelles technologies dès lors qu’ils en comprennent l’intérêt

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les apprenants n’ont pas de réticence à utiliser les nouvelles technologies et les classes virtuelles en sont un excellent exemple. Ils ont seulement besoin d’en comprendre l’intérêt et d’être motivés par la formation qu’on leur propose.

En 2020, les apprenants ont réalisé qu’ils n’avaient pas le choix et que s’ils souhaitaient assister à une formation, celle-ci se déroulerait à distance. En raison du contexte, ils s’étaient déjà habitués aux outils du distanciel. Effectivement, beaucoup d’entre eux ont dû travailler depuis leur domicile et ont donc utilisé régulièrement des plateformes telles que Teams, Zoom ou Webex.

3. La formation asynchrone pure a montré ses limites

Paradoxalement, les formations asynchrones pures – c’est-à-dire les formations en ligne hors distanciel – n’ont pas particulièrement progressé en 2020. Il semble que, pour la majorité des apprenants, ces formations ne permettent pas de développer facilement ses compétences.

Pour autant, cela ne veut pas dire qu’elles n’ont pas d’intérêt. Si le format e-learning long n’a pas trouvé son public, les tutoriels courts sont, quant à eux, l’un des moyens les plus efficaces de développer un savoir-faire ; ou plutôt l’un des moyens les plus efficaces pour résoudre un problème ponctuel nécessitant un savoir-faire.

Reste que, en termes de formation professionnelle, il n’y a pas eu de ruée sur les MOOC ou sur les formations en ligne.

4. Le présentiel n’est pas mort et ce n’est pas demain que tout deviendra virtuel

À chaque fois que l’on me parle de formation numérique, je sens chez certains une inquiétude latente : vais-je être remplacé par une machine ?

J’ai une bonne nouvelle : la réponse est non, ce n’est pas pour demain. L’année écoulée a montré que la formation présentielle n’est pas morte. Les demandes de formation en présentiel et les réinscriptions ont redémarré dès lors que le contexte le permettait.

Si l’on s’est effectivement rendu compte que les classes virtuelles fonctionnaient bien pour beaucoup de sujets, il reste encore des domaines pour lesquels elles ne sont pas du tout adaptées. Comment, à distance, expliquer des gestes et des postures, montrer certains savoir-faire complexes ou aider à développer certains comportements ? Et, plus compliqué encore, comment faire faire ?

5. Mettre en place des parcours flexibles est possible, tant du point de vue pédagogique qu’organisationnel

Au cours de ces derniers mois, j’ai animé un grand nombre de formations organisées en séquences non consécutives. Dans beaucoup de cas, elles se sont déroulées en quatre demi-journées réparties parfois sur plusieurs semaines (au lieu de 2 jours consécutifs).

En réalité, c’est le virtuel qui rend cela possible. Du point de vue organisationnel, lorsqu’il faut réserver une salle, des équipements et un formateur, il est plus simple de le faire pour plusieurs jours de suite. À distance, ces contraintes existent moins. Pour ce qui est de la disponibilité des apprenants, il est peut-être plus facile de libérer des demi-journées dans un emploi du temps chargé que des journées complètes.

Sur le plan pédagogique, des parcours flexibles, sous forme de sessions courtes étalées dans le temps, s’avèrent plutôt efficaces.

Les acteurs de la formation professionnelle ont prouvé qu’ils pouvaient s’adapter, ce qui ne semblait pas évident a priori. Avant 2020, pour la majorité des professionnels, la formation correspondait avant tout à un(e) formateur/formatrice dans une salle, devant un public. La pandémie nous a obligé à sortir de ce modèle. Pour moi, c’est une bonne nouvelle.


Pour se former :

Argouges Philippe - formateur - ORSYS

Philippe Argouges

Consultant, expert de la formation, formateur de formateurs et en développement individuel, il est entré dans le monde de la formation en 1988 chez Sun Microsystem où il a animé

des formations techniques puis traduit et créé des supports de formation. Par la suite, il devient responsable pédagogique et peaufine son expérience chez Microsoft et crée la Partner Academy Microsoft avec un cursus complet de formations. Il est à présent formateur pour son propre compte, expert de l’ingénierie de la formation et de l’analyse des besoins.

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