Le Brexit, et alors ?


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Brexit ORSYS

Le mot « Brexit » nous a accompagnés durant quelques années, un  mot nouveau et qui faisait même un peu trembler… et puis c’est arrivé ! Depuis le 1er janvier 2021, un accord de commerce et de coopération est appliqué entre l’Union européenne et le Royaume-Uni.  

ORSYS a interrogé Emmanuelle MEYER*, experte des sujets logistiques, transports et supply chain et qui anime la formation Brexit, réussir ses opérations d’import-export, sur les impacts concrets de cet accord et surtout sur les solutions pour les métiers impactés.

Quelques semaines  après l’annonce de l’accord, quel est votre premier bilan pour les entreprises françaises ? Sont-elles en difficulté ? Avaient-elles bien anticipé ?

Les entreprises françaises ont ralenti leurs exportations à destination du Royaume-Uni de peur de délais plus longs. Du côté anglais, les délais de passage en douane pour les formalités administratives ont considérablement augmenté. Ils peuvent prendre jusqu’à 5 jours. Les entreprises avaient anticipé le Brexit en constituant du stock lorsque c’était possible de par la nature de leurs produits, du côté anglais comme du côté français. Elles ont néanmoins été souvent surprises par les droits de douane des produits. En effet, l’accord en place actuellement ne supprimant pas à 100% les droits de douane, loin de là, contrairement à ce qui a été dit ou lu dans la presse en général. De ce fait,  les marges des entreprises exportatrices ou importatrices ont été fortement impactées.

Il y a en France de l’ordre de 130 000 entreprises exportatrices. Celles qui font uniquement des échanges intra-communautaires  n’en font pas partie. Aussi doivent-elles mettre en place les bons process pour réussir leurs exportations et/ou leurs importations, au risque de subir des retards importants, des blocages en douane au-delà des attentes, et des pénalités parfois de la part de leurs clients. Elles font face aussi à des coûts additionnels qu’elles n’avaient pas anticipés et qu’elles ne comprennent pas.

La question du e-commerce

Le e-commerce est également fortement impacté. À commencer par les structures qui n’ont pas les compétences en interne sur l’instrument douanier et ses obligations. Et ce, qu’elles travaillent en B to B ou en B to C. Les flux documentaires et leurs conformités sont extrêmement importants pour réussir les échanges avec le Royaume-Uni, tout comme avec les autres territoires hors de l’UE d’ailleurs.

Lorsque les flux vont se remettre en place progressivement entre le Royaume-Uni et la France, une fois les stocks de sécurité consommés, le problème va devenir plus important. Car, sans process adéquats, les délais vont encore se rallonger du fait des volumes qui vont à nouveau transiter entre la France et le Royaume-Uni.

Le coronavirus et le variant anglais ne facilitent pas non plus le passage aux frontières. Ils ont rendu les trajets encore plus longs des deux côtés. Peut-être est-ce cela qui cache un peu la forêt des difficultés ? Car il est en effet difficile pour les entreprises d’exporter ou importer depuis le Royaume-Uni par méconnaissance des process et des fondamentaux à mettre en œuvre.

Pouvez-nous indiquer quels sont les métiers les plus impactés par le Brexit et comment ?

Cette situation concerne tous les flux, par conséquent tous les métiers sont concernés : acheteurs, commerciaux, logisticiens, services client… mais aussi les fonctions support comme l’informatique ou la comptabilité, par exemple.

Vous animez des formations sur les droits de douane et une plus spécifiquement sur les opérations d’import-export avec le Royaume-Uni. Que viennent chercher les participants? De quoi ont-ils besoin ? Quelles compétences doivent-ils développer sur ce sujet ?

Ils viennent se former sur les fondamentaux en douane afin de mettre en place les bons process pour assurer l’ensemble de leurs importations et exportations, mais également comprendre ce qui est spécifique  à la question du Royaume-Uni depuis le 1er janvier 2021.

Ils viennent aussi en formation pour comprendre plus en détail l’organisation des importations et exportations au sens douanier du terme. Tout comme apprendre à gérer des difficultés qu’ils ont déjà rencontrées par le passé. Celles qui ont occasionné de gros retards pour leurs clients par exemple, et qu’ils pourront ainsi éviter après la formation.

Y a t-il des conséquences auxquelles on ne s’attendait pas ?

Le Royaume-Uni est le 6ème client de la France et son 7ème fournisseur. Il est même le premier excédent commercial de la France. Le Brexit a généré des difficultés d’approvisionnement du côté français comme du côté du Royaume-Uni. On l’a notamment vu avec les rayons de produits frais du côté du Royaume-Uni qui se retrouvent vides. Ces derniers jours, l’exemple irlandais en dit long sur ces difficultés. L’Irlande et l’Europe continentale ont développé leurs relations maritimes pour éviter les passages via la Grande Bretagne. Les trafics concernés sont notamment la viande, les fruits, les produits pharmaceutiques, les pièces détachées… ce qui conduit les entreprises à réorganiser leurs flux sur ces marchés.

Du côté du Royaume-Uni, le trafic est réduit de 50% depuis le 1er Janvier 2021 du fait des formalités administratives qui ralentissent les échanges et augmentent les coûts.

Pensez-vous que les flux entre l’UE et le Royaume-Uni vont encore être amenés à évoluer et si oui, que conseillez-vous aux entreprises européennes pour s’y préparer ?

Oui, ils vont être amenés à évoluer car les stocks vont à un moment ou un autre être consommés. Il faudra alors pouvoir exporter et importer de façon fluide. Si on prend l’exemple des produits frais et leur rupture du côté anglais, cela en dit long sur les difficultés à venir pour les autres types de produits lorsque l’activité va reprendre progressivement et les produits stockés en anticipation du Brexit vont manquer.

D’où l’utilité de se former et de remettre à niveau ses connaissances ?

Oui, la fluidité des exportations et des importations est très liée à la bonne connaissance de ce qu’il faut faire. Mais également à la mise en place des process nécessaires dans les supply chains pour ce marché.

Cela concerne aussi les autres pays européens d’ailleurs. La France étant le pays de l’UE continentale géographiquement le plus proche du Royaume-Uni, 60% des flux en provenance du Royaume-Uni transitent par la France. Cela concerne notamment les flux à destination de l’Allemagne, de l’Italie, de la Suisse, de la Belgique et de la Pologne. Les activités de transit posent maintenant de nombreuses difficultés aux entreprises qui ne les ont pas anticipées, faute de compétences et de connaissances approfondies des nouveaux process à mettre en œuvre pour éviter les blocages et les ralentissements en douane.

Un mot de la fin pour nos lecteurs ?

Depuis le démarrage de ces formations que nous avons mises en place sur l’instrument douanier, et plus encore sur le Royaume-Uni, les participants ont systématiquement identifié des pistes d’amélioration et d’optimisation de leurs flux. Un jour de gagné en délai, c’est un jour de stock en moins et cela impacte directement la marge opérationnelle de l’entreprise de façon positive. C’est d’ailleurs un des points qui me passionne au sein de la supply chain, à savoir améliorer la marge opérationnelle de l’entreprise via l’instrument douanier.


Pour se former :

MEYER ORSYS

Elle a un parcours opérationnel et fonctionnel sur l’ensemble de la Supply Chain internationale, des achats et des approvisionnements fournisseurs à la livraison clients, incluant le management des opérations logistiques (entrepôts, transports, ADV/Service Client, approvisionnements, achats, douane.), dans les secteurs de la pharmacie, de l’automobile, du luxe et des transports et logistique… Elle anime des formations et coache sur l’ensemble des processus de la Supply Chain depuis plus de 15 ans au sein de divers organismes et entreprises industrielles.

Et tous nos domaines associés

  • Approvisionnements, stocks, transports
  • Echanges et transports internationaux
  • Supply chain : organisation et performance
  • Supply chain : l’ère digitale
  • Sureté de la chaîne d’approvisionnement : ISO 28000

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