L’accessibilité numérique en 2020 : et si on faisait le point ? 2


Temps de lecture : 6 minutes
Share Button

bannière accessibilité numérique

L’accessibilité numérique est un enjeu incontournable pour les personnes en situation de handicap, mais également pour l’ensemble de la société. Carole D’ANDREA, formatrice en UX Design et accessibilité, revient avec nous sur ce qui est aujourd’hui autant une nécessité qu’une opportunité en matière d’innovation.

Pour commencer, il faut bien spécifier que le handicap n’est pas inhérent à la personne. Une personne est handicapée à cause d’une situation. On devrait donc dire « personne en situation de handicap » – le handicap étant la limitation subie dans ses interactions avec l’environnement. Avoir des difficultés à communiquer pendant une visioconférence pour cause de bande passante limitée est une situation de handicap. Se casser un bras ou une jambe peut aussi nous confronter à un handicap physique de manière temporaire.

Le handicap est situationnel : en travaillant à développer l’accessibilité numérique, on lutte contre le handicap et on le fait régresser pour tout le monde. Mais concrètement, l’accessibilité numérique, c’est quoi ?

L’accessibilité numérique, définition

L’accessibilité numérique, au sens large, est le fait d’offrir un accès équitable pour tous aux ressources numériques, quels que soient le type d’appareil utilisé, les logiciels à disposition, la qualité du réseau, etc. Cette notion est liée à la configuration matérielle, à la localisation géographique, mais également aux aptitudes personnelles de l’utilisateur (ses caractéristiques physiques, cognitives, linguistiques, etc.). Nous ne disposons pas tous des mêmes ressources. Certaines personnes peuvent se trouver en situation de handicap si leurs aptitudes ne correspondent pas aux exigences de l’outil numérique.

Le champ d’application de l’accessibilité numérique est très large. Elle concerne tout produit ou service lié au digital : sites web, logiciels, plateformes en partie vocales… Auparavant, on parlait davantage d’accessibilité physique, dont les rampes d’accès sont une bonne illustration. Aujourd’hui, on rencontre des problématiques liées aux outils modernes de communication et d’information. Les services publics en ligne, par exemple, ont besoin d’amélioration. Le Référentiel général d’accessibilité pour les administrations (RGAA) les concerne directement, ainsi aujourd’hui que la télévision, la téléphonie et tout un pan du secteur privé.

Un cadre juridique assez flou…

L’accessibilité numérique est une obligation légale en France depuis la loi du 11 février 2005 sur l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. L’obligation d’accessibilité pour les services publics a été inscrite dans la loi de 2005 Mais n’a pas été appliquée avant 2009, lorsque le décret d’application est passé.

Le RGAA, appelé au départ « Référentiel général d’accessibilité pour les administrations », concernait uniquement le public jusqu’en 2019. Dorénavant, les entreprises qui génèrent un chiffre d’affaires annuel supérieur à 250 millions d’euros doivent également suivre ses directives. Ce n’est pas encore le cas pour les petites entreprises. Mais il est certain que la sphère du privé devient progressivement de plus en plus concernée par les problématiques d’accessibilité – et pas simplement de manière réglementaire.

En cas de non-respect, des sanctions sont prévues qui sont décrites dans le volet juridique du RGAA. On observe cependant un léger assouplissement du texte dans sa quatrième version, que les associations dénoncent comme un retour en arrière. Cette refonte introduit en effet la notion de « dérogation pour charge disproportionnée ». Cela implique que certaines portions des services numériques pourraient ne pas être accessibles si le développement de l’accessibilité demandait trop d’effort à l’organisme concerné. Une notion qui pose donc un certain flou, et fait suffisamment débat aujourd’hui pour que l’on s’attende à une prochaine révision, plus ferme, du RGAA.

Les bénéfices et enjeux de l’accessibilité numérique

Pour autant, plusieurs enjeux peuvent motiver les entreprises qui ne sont pas encore obligées, légalement, de s’aligner en termes d’accessibilité. Pour commencer, l’audience concernée est relativement large : 15% de la population mondiale est administrativement reconnue comme étant en situation de handicap, dont 12 millions de personnes en France. La demande des seniors et d’autres personnes non reconnues administrativement est également en forte croissance.

En termes de marché, il est donc très intéressant pour les entreprises d’investir dans l’accessibilité. De plus, quand un service est rendu plus accessible, l’adhésion des personnes concernées est très forte en retour. Si une marque fait un effort d’accessibilité, les retombées sur son image sont généralement positives, car cela dénote une préoccupation sociale, voire sociétale. Le retour sur investissement est donc important.

Ceci sans compter les opportunités d’innovation qu’offre la recherche pour l’accessibilité numérique. Certaines avancées technologies destinées initialement aux porteurs de handicap ont finalement été bénéfiques pour le grand public. La synthèse vocale développée par Apple a amené la commande vocale sur nos smartphones. Et l’auto-complétion de Google a été intégrée au moteur de recherche pour proposer des requêtes supplémentaires ou approfondies. Parce qu’elle est un vecteur puissant d’innovation, l’accessibilité contribue à l’intérêt général.

L’accessibilité numérique dans la pratique

Ces atouts font de l’accessibilité numérique un sujet d’actualité. Les entreprises réclament de plus en plus de formations pour rendre leurs outils accessibles. Elles font aussi régulièrement appel aux référentiels d’accessibilité mis à leur disposition dans le cadre d’un projet web : W3C, WAI-ARIA, Opquast

Quand on ne travaille pas dans le domaine du web, on peut s’approprier d’autres d’outils tels que les lecteurs d’écran (JAWS, NVDA, VoiceOver…), pour simuler l’interaction avec son produit et se mettre à la place d’une personne souffrant de déficience visuelle. Le mieux étant d’opter pour une démarche de « recherche utilisateur« , en menant par exemple des entretiens de terrain ou en pratiquant la technique d’observation dite du « shadowing » : suivre les personnes en situation de handicap dans leur quotidien afin de se rendre compte de leurs difficultés, noter les impasses ou les contournements, ce qui peut aider… Et surtout, faire des tests utilisateur. L’objectif étant d’améliorer l’accessibilité du produit pour son usage réel, donc dans des conditions aussi réalistes que possible.

Techniques fondamentales

Aujourd’hui, toutes les méthodes modernes de conception tendent à favoriser l’utilisateur, et surtout la mise en empathie avec lui. Ce principe de mise en empathie est l’étape initiale et la clé de voûte du design thinking, une approche qui a fait ses preuves aujourd’hui. Prendre conscience des difficultés éprouvées et réaliser que l’on peut, en améliorant simplement les outils, soulager de façon concrète les personnes.

On distingue généralement quatre grandes catégories de déficiences pouvant occasionner un handicap : les déficiences visuelles, auditives, motrices et cognitives. À cela s’ajoute les maladies invalidantes et certains troubles liés au mental, à une surcharge ou la fatigue intellectuelle : burn out, migraines, épilepsie. Dans ces situations, un écran présentant trop d’informations, trop de couleurs, trop de visuels… pourra à lui seul occasionner un handicap. Une des premières mesures pour permettre une meilleure accessibilité est d’alléger la quantité d’informations… Et de faire en sorte que les écrans soient épurés et les contenus centrés sur la tâche à accomplir.

Dans le cas des non-voyants utilisant un lecteur d’écran, le travail est sensiblement différent car l’individu doit se représenter mentalement l’architecture des informations. Se mettre à leur place en utilisant des logiciels comme NVDA pour « désactiver » le visuel et s’efforcer d’atteindre malgré tout l’objectif est une expérience très révélatrice. Combinés à la recherche terrain et aux tests utilisateur, cet effort de prise de conscience est crucial pour mieux comprendre la réalité du handicap. Et ainsi proposer une remédiation adaptée.

L’accessibilité numérique en 2020 : en résumé

À l’heure actuelle, l’accessibilité numérique n’est pas (encore) une évidence partout. Mais tout porte à croire qu’elle va le devenir et ce, par nécessité. Nous avons été nombreux à constater lors du confinement un retard dans la mise en conformité des outils de l’État. Les outils mis à disposition des parents pour la scolarité à distance étaient difficilement accessibles, même sans déficience physique ou cognitive particulière. On est bien loin du 100% accessible prôné par la loi et les récents ajustements évoquent davantage une résignation des pouvoirs publics, qu’une volonté d’accélérer.

D’un autre côté, il serait judicieux de ne pas s’appuyer uniquement sur la réglementation pour développer l’accessibilité des produits et services numériques. Le RGAA est essentiel en termes d’incitation. Mais en dépit de telles obligations, l’accessibilité numérique reste un marché très ouvert, très porteur, dans lequel on a tout intérêt à investir.

On note d’ailleurs beaucoup de bonne volonté chez les jeunes générations, les entreprises émergentes et les start-ups. Elles ont certes l’avantage de pouvoir intégrer l’accessibilité dès le début de leur projet… mais elles mettent aussi en avant un début de prise de conscience très positif. D’autant que les outils et référentiels déjà en place rendent la transition finalement pas si contraignante… Aujourd’hui, l’accessibilité numérique peut et doit devenir une démarche naturelle pour tout le monde !

Pour se former :

carole dandra - ORSYS

Carole D’Andrea

est chef de projet et formatrice en UX Design chez Ludotic. Elle conçoit et accompagne le développement de produits/services centrés utilisateurs pour le secteur public (Ministère de l’Education Nationale, Chambres de Commerce et d’Industrie, INRA…) et de grands groupes privés comme Dassault, Orange ou Amadeus. Certifiée Expert Opquast en « Qualité Web », elle met sa sensibilité, son savoir-faire et sa maîtrise des référentiels techniques au service de l’accessibilité numérique.

Share Button

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

2 commentaires sur “L’accessibilité numérique en 2020 : et si on faisait le point ?

  • Yann

    Tous les liens dans l’encart « Pour se former » mènent tous vers le message suivant :
    Cette formation n’est plus disponible. Pour trouver une autre formation qui répondra à votre besoin, n’hésitez pas à rechercher dans nos grands domaines, ou à utiliser notre moteur de recherche.

    Il faudrait mettre à jour ces liens vers les formations correspondantes.