La France, grande nation de l’IA ? 1


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France - IA - ORSYS

Avec ses mathématiciens et ses chercheurs en sciences cognitives de renom, notre pays a de sérieux atouts à faire valoir en intelligence artificielle (IA). Les GAFAM ne s’y sont pas trompés en multipliant les partenariats et les investissements sur notre territoire.

« Le pays qui dominera l’intelligence artificielle dominera le monde. » Cette phrase prononcée en 2017 par Vladimir Poutine donne le ton de la bataille qui se joue actuellement. La Chine ne doute pas de son issue : l’empire du Milieu a déjà déclaré qu’il serait le leader mondial de l’IA en 2030 avec, à la clé, un investissement de plus d’une centaine de milliards de dollars. Les « licornes » chinoises dépassent déjà les américaines en termes de valorisation. De leur côté, les États-Unis disposent de l’incroyable force de frappe des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft). Ils ont tous fait de l’IA leur priorité.

Dans cette guerre des titans, quel est le poids de la France ? Notre pays n’égalera jamais les grandes puissances sur le terrain des moyens avec un programme doté de 1,5 milliard d’euros. Même au niveau de l’Union européenne, l’investissement – fonds publics et privés confondus – ne s’élève qu’à 20 milliards d’euros d’ici à fin 2020. En revanche, la France peut faire valoir l’excellence de ses mathématiciens et ses chercheurs en data science.

Former des experts made in France

Nos experts de la data sont courtisés par les géants de la Silicon Valley. Nombre de « frenchies » y occupent des postes clés. On connaît Yann LeCun, le « Monsieur IA » de Facebook fortement médiatisé. Il a été rejoint au sein du réseau social par Jérôme Pesenti, à l’origine du programme Watson d’IBM. Emmanuel Mogenet est, lui, à la tête de Google Research Europe, basé à Zurich, en Suisse. Père de Siri, l’assistant vocal d’Apple, Luc Julia est devenu vice-président de l’innovation chez Samsung.

Pour éviter la fuite des cerveaux, un écosystème national prend forme. Il mêle formation initiale et continue, investisseurs privés, grandes entreprises utilisatrices et start-up. Au niveau de la formation, toutes les grandes écoles – HEC, Essec, Polytechnique, Telecom ParisTech, Epita… – ont créé des cursus spécialisés. Face à la pénurie de data scientists et autres experts du machine learning, le député Cédric Villani proposait, dans son rapport de mars 2018, de tripler le nombre de personnes formées à l’IA à l’horizon 2022, en élargissant notamment le périmètre aux bac + 2 et 3.

Se former à l’école de l’IA

Microsoft va même plus loin puisqu’avec son « école IA« . L’éditeur propose de former des personnes éloignées de l’emploi (demandeurs d’emploi de longue durée, décrocheurs scolaires…) au métier de « développeur data et intelligence artificielle ». Pas de prérequis en ce qui concerne le niveau d’études : le candidat doit avoir des connaissances élémentaires d’au moins un langage de programmation, une réelle appétence pour les chiffres et les statistiques et une motivation à toute épreuve. Cette formation, dispensée en partenariat avec Simplon, a obtenu, en février 2019, le label de la Grande École du Numérique (GEN).

La formation peut aussi se faire en ligne, et Microsoft a noué un partenariat pour former aux métiers de l’intelligence artificielle mille candidats « prometteurs » en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Les étudiants qui termineront le programme seront titulaires d’un diplôme de niveau Master reconnu en Europe.

La France, « terre d’IA » pour Microsoft

Enfin, Microsoft qui a décidé de faire de la France « une terre d’IA » a annoncé, en février, avoir choisi notre pays pour accueillir un centre mondial de développement dédié à ce domaine. Sur le campus d’Issy-les-Moulineaux, il accueille déjà plus de cent ingénieurs venus de vingt pays différents.

Mais ce n’est pas le seul acteur du numérique à miser sur la France. En 2018, IBM a déclaré vouloir recruter 400 experts de l’IA, en recherche fondamentale mais aussi pour ses solutions d’entreprise dans le cadre de son offre Watson. Samsung a, lui, ouvert, en France son troisième plus grand laboratoire dédié à l’intelligence artificielle après ceux de Corée du Sud, son pays d’attache, et des États-Unis. Il est destiné à accueillir plus d’une centaine de spécialistes.

De son côté, DeepMind, filiale de Google spécialisée dans l’apprentissage automatique, a ouvert son premier laboratoire parisien en septembre dernier. Enfin, Facebook prévoit un investissement de 10 millions d’euros pour l’antenne parisienne de FAIR, son laboratoire d’IA. Les acteurs du numérique nouent aussi des partenariats avec le monde académique. Fujitsu s’est associé à l’Inria, institut national de recherche dédié au numérique. Google travaille aussi avec l’Inria et a créé une chaire d’intelligence artificielle avec Polytechnique. Que faut-il penser de tous ces investissements des GAFAM en France ? Si on est optimiste, ils montrent l’attrait qu’exerce notre pays et ses atouts dans le domaine de l’IA. Les pessimistes pointeront du doigt la préemption des talents français au détriment des acteurs de la French Tech avec un risque d’asséchement du bassin d’emploi.

La France à l’initiative sur le terrain de l’éthique

Au-delà des compétences, la France a un rôle à jouer en termes de gouvernance et de régulation. L’IA soulève un très grand nombre de questions éthiques. Comment s’assurer que les décisions prises par un algorithme ne sont pas discriminantes ? Quelle place sera laissée à l’humain dans un monde géré par des machines intelligentes ?

Les géants américains du numérique se sont fédérés autour de l’organisation Partnership on AI to benefit people and society. Elle vise à définir un cadre de bonnes pratiques en matière d’éthique. Elon Musk, patron de Tesla et de SpaceX, est à l’origine d’une association, OpenAI, assurant, elle, un devoir de vigilance sur les risques de dérive de l’IA.  

Mais la régulation devrait venir avant tout des États et, dans ce domaine, la France fait entendre sa petite musique. Notre pays et le Canada œuvrent à la création d’un groupe international d’experts sur l’intelligence artificielle (G2IA), une sorte d’équivalent du GIEC appliqué à l’IA. Au niveau de l’Union européenne, un Groupe européen d’éthique des sciences et des nouvelles technologies a été constitué et un groupe d’experts a publié, en avril, des lignes directrices pour renforcer la confiance en l’IA.

Pour nombre d’entreprises innovantes, nouvelles technologies et réglementation ne font pas bon ménage. Un cadre législatif trop strict briderait l’innovation. L’entrée en vigueur du RGPD montre plutôt le contraire. Les acteurs du numérique craignaient que la nouvelle réglementation européenne sur la protection des données personnelles ne constitue un désavantage vis-à-vis de leurs concurrents américains ou chinois, moins pointilleux sur la notion de respect de la vie privée. Avec le recul, la conformité au règlement est devenue un argument de vente et Facebook comme Microsoft réclament un RGPD américain.


Pour se former :

Intelligence Artificielle, enjeux et outils    

Big Data, Data Science, Machine Learning, leur impact dans l’entreprise      

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, algorithmes utiles appliqués à la robotique

Machine Learning, état de l’art

Machine Learning, présentation des concepts

Data Mining, synthèse    

Deep Learning et réseaux de neurones, les fondamentaux   

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