L’externalisation informatique : un marché en pleine ébullition


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externalisation informatique - ORSYS

En l’espace de vingt ans, le marché de l’externalisation informatique a beaucoup évolué. « Par le passé, la sous-traitance était réalisée à 80 % en régie et à 20 % au forfait. Aujourd’hui, la proportion est inverse« , observe Philippe Brunet, « IT and sourcing facilitator » et formateur chez ORSYS. Ce changement de modèle n’est pas sans incidence pour le donneur d’ordre. « Le forfait est plus contraignant. Il exige une véritable professionnalisation dans le pilotage du prestataire. »

Selon Philippe Brunet, il manque parfois au sein des DSI une personne en charge de ce pilotage, c’est-à-dire un responsable de la sous-traitance ou vendor manager selon la nomenclature RH du Cigref. Il regrette également l’absence de management dans ce domaine ou « sponsor outsoursing de haut niveau ».

« La DSI n’est pas toujours sensibilisée aux enjeux de gouvernance sourcing à l’exception des banques ou de grands comptes comme Total ou Carrefour qui ont adopté une véritable stratégie pour leur sous-traitance. » Pour organiser cette gouvernance, il existe un référentiel de bonnes pratiques, l’eSCM, qui est destiné aux deux parties. « C’est le seul à avoir une couverture totale de la sous-traitance. »

Le passage au forfait peut aussi se révéler contradictoire avec le recours aux méthodes agiles. « Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à sa lancer dans l’agilité mais elles n’ont pas toujours les profils adéquats (Scrum Master). Elles sous-traitent ces compétences au forfait alors que la méthode Scrum exige la présence d’une équipe unique client-prestataire. »

« Shadow IT » et papy-boom

Philippe Brunet observe également un changement dans les facteurs qui incitent une entreprise à recourir à l’externalisation ou outsourcing. « Le critère « coûts » devient de moins en moins important, surtout avec la transformation numérique en cours. On va chercher le prestataire pour une expertise ou une capacité d’innovation. » Le numérique intègre alors le cœur de métier, lequel ne s’externalise pas ou peu. Philippe Brunet estime que le recours à externalisation reste très important. « Beaucoup d’informaticiens partent à la retraite, notamment dans le monde occidental. Ils ne sont pas remplacés et leurs postes sont externalisés. Le DAF est satisfait, il transforme les coûts fixes en coûts variables. Un accompagnement de la DRH est souhaitable pour minimiser les impacts sociaux et intégrer la dimension de changement. »

Toujours dans le sillage de la transformation digitale, l’essor du cloud a augmenté la part du shadow IT (SI sans contrôle de la DSI), fragilisant la DSI dans sa relation avec les fournisseurs. « Quand une direction métier a un besoin, il arrive qu’elle s’adresse directement aux éditeurs de solutions en mode SaaS, court-circuitant à tort la DSI. »

Des entreprises ont aussi créé une direction numérique à côté de la DSI avec des risques de chevauchement dans les périmètres fonctionnels. À qui doivent s’adresser les prestataires ? Au DSI ou au chief digital officer ? La transformation numérique pose, par ailleurs, des questions de propriété intellectuelle et surtout de responsabilité juridique en cas de dysfonctionnement.  

Multi-sourcing et offshore

Des grands comptes sont aussi tentés de capturer le fameux esprit start-up en rachetant des start-up. Un mauvais pari, selon Philippe Brunet. « C’est un véritable choc culturel. La jeune pousse va se diluer dans une grande organisation et perdre sa capacité d’innovation. Il vaut mieux nouer un partenariat avec elle, ce qui est une autre forme de sous-traitance. »

Le multi-sourcing (diversification des fournisseurs) généralisé accroît l’importance de la gouvernance et est renforcé par le développement du statut d’auto-entrepreneur qui multiplie la cascade de sous-traitants : « les responsabilités sont alors diluées, les processus plus complexes ». En revanche, un certain nombre d’entreprises sont revenues de le la délocalisation. Elles avaient externalisé tout ou partie de leur informatique en Inde ou au Maroc sans véritable accompagnement du changement, ni gouvernance. Le projet a tourné à l’échec.

Quel que soit le mode de sous-traitance, Philippe Brunet conseille d’envisager les conditions de la réversibilité et le transfert de connaissances et, ce, dès le début du contrat. « Signer un contrat, c’est comme un mariage. Mais quand on se marie, ce n’est pas pour organiser le divorce, contrairement au contrat qui a toujours une fin ».

Enfin, une prestation, c’est un contrat et des relations. « La relation de confiance, est incontournable ». Cela nécessite une compréhension des business et un juste équilibre entre les parties. La veille fournisseurs, assurée par les acheteurs, devient stratégique compte tenu des nombreuses fusions-acquisitions. C’est une évolution au-delà des critères économiques, dont le TCO qui prend en compte le coût total de possession.

Pour se former :

Sous-traitance informatique, piloter l’externalisation 

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