Manager toxique : quelle responsabilité pour l’entreprise ? 2


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Manager toxique : quelle responsabilité pour l’entreprise ?

À la tête d’une équipe d’opérationnels, le manager est l’intermédiaire entre l’exécutant et les décisions stratégiques de la direction. Il reçoit les ordres et les transmet. Et il est également celui qui fait valoir le travail de ses collaborateurs. Mais s’il peut avoir à gérer des personnalités difficiles, il peut lui-même être un manager difficile, voire toxique, dont le comportement conduit presque inévitablement à du harcèlement moral, Sylvie Thibault* nous explique pourquoi les entreprises ne doivent pas sous-estimer la nécessité de s’emparer du problème.

Qu’est-ce qui caractérise un manager toxique ?

Être manager, c’est avant tout une compétence. Tout le monde n’est pas fait pour être manager. Et l’on reconnaît un manager toxique à des comportements assez spécifiques et nocifs, que ce soit face à une équipe ou face à un seul collaborateur.

  • Collectivement : le manager toxique d’une équipe a toujours raison. Il garde coûte que coûte le pouvoir décisionnel, il impose son point de vue et n’écoute aucune proposition. Par ailleurs, c’est un collaborateur qui n’est jamais disponible et qui garde difficilement son calme.
  • Individuellement : dans le cas d’un « bouc émissaire », le manager toxique a tendance à humilier. Il sera sans cesse dans un rôle de provocateur, de persécuteur. Cela se traduit par une mise à l’écart, des sanctions non fondées (avertissement, mise au placard, mise à pied…).

Si ces comportements ne peuvent être généralisés, il n’en reste pas moins que, volontaire ou non, c’est avant tout une mauvaise pratique de son management qui peut rendre un manager toxique. Par exemple, si le manager :

  • Tient des propos/des consignes contradictoires
  • Oublie régulièrement des choses, des consignes
  • Vérifie en permanence les dires et les actions de son équipe
  • Est susceptible, versatile, stressé
  • Fait preuve d’arrogance
  • Demande l’impossible à son équipe

Ces agissements répétés en font un manager toxique. Par-dessus tout, ils conduisent presque inévitablement à du harcèlement moral – Harcèlement qui peut avoir des conséquences désastreuses tant pour l’entreprise que pour les collaborateurs. C’est pourquoi il est essentiel de prendre les mesures qui s’imposent.

Manager toxique : quels recours pour les collaborateurs ?

Une fois touché par un comportement toxique, le collaborateur doit se protéger autant qu’il peut des conséquences que la situation peut engendrer (dépression, perte de confiance en soi…). Pour se prémunir au mieux, il doit anticiper au maximum les situations (laisser les portes ouvertes, ne pas se trouver seul en sa présence…). Mais il peut également mettre en place quelques actions :

  • Recueillir des témoignages (le collaborateur qui témoigne est protégé)
  • Reporter les faits, les contradictions, les manquements… par écrit. En restant factuel et avec un N+2, un RH… en copie, ces écrits sont un support indispensable au dossier.

Parmi les caps plus difficiles et pourtant nécessaires, il y a ensuite le dépassement du ressenti. S’extirper de l’affect pour prendre les événements le plus froidement possible et entamer des démarches, telles que :

  • Se former à la gestion de conflit (formation, MOOC, livres, vidéos…)
  • Prévenir les instances concernées le plus rapidement possible : CHSCT/CSE, DP, RH, médecine du travail… Il leur incombe, ensuite, de mettre en place un dialogue, une médiation.

Dans le cas du harcèlement moral, il peut être difficile et éprouvant pour le salarié harcelé de réagir. Dans la suite des démarches, ce manque de protestation auprès des instances de l’entreprise peut passer pour un manquement du salarié (démissionner, alerter, questionner, dialoguer, etc.). Note : le collaborateur a jusqu’à 5 ans pour saisir les Prud’Hommes et 6 ans pour le pénal.

Si le collaborateur « choisit » de démissionner, il peut entamer une procédure en prenant « acte de la rupture de contrat de travail aux torts de l’employeur ». C’est une démission immédiate et sans préavis, avec un recours immédiat aux Prud’hommes. Cette instance jugera en urgence cette procédure ».

Manager toxique : pourquoi l’entreprise doit-elle s’emparer du problème ?

L’entreprise a le devoir de sécurité auprès de ses salariés. Elle peut donc, quand le monde est bien fait, sensibiliser ses employés à ces problématiques de comportement et de harcèlement en :

  • Changeant son règlement intérieur
  • Faisant de la prévention (flyers, affiches, procédures…)
  • Organisant des médiations quand cela est nécessaire et possible
  • Formant ses managers

Ce sont des éléments dont les tribunaux tiennent compte lors des jugements. À l’inverse, lorsque rien n’est fait pour préserver la santé des salariés, cela pèse dans la balance.

Mais en cas de harcèlement rapporté, il est également de la responsabilité de l’entreprise d’investiguer sur le cas, de chercher la médiation, etc. Elle peut aller jusqu’à sanctionner le manager (mise à pied, mise au placard, renvoi…).

Quelles conséquences ?

Une entreprise peut très vite perdre de vue qu’un manager toxique a des conséquences nuisibles directes et indirectes sur sa bonne marche.

Cela commence par une perte de motivation, de performance, de productivité mais aussi par des arrêts maladie et des remplacements (qui ont un coût), ainsi que la dégradation des conditions de travail.

Si la situation s’enlise, ce sont les actions en justice et les recours aux Prud’Hommes qui génèrent des frais importants. Ces jugements peuvent ensuite entraîner des dommages et intérêts ou encore des indemnisations non négligeables.

Enfin, il ne faut pas omettre la possible perte de « bonne image » d’une entreprise. Une réputation de harcèlement, de salarié.e.s non protégé.e.s… ce sont des problèmes de recrutement, une image dégradée et une mauvaise e-réputation qui se répandra très vite à l’heure du tout digital.

Un cas de manager toxique n’est pas toujours facile à exprimer, à considérer ou à prouver. Toutefois, si l’entreprise ne prend pas son rôle de protecteur au sérieux, les poursuites peuvent aller jusqu’au Pénal et le dirigeant risque alors une peine de 2 ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende pour non-assistance à personne en danger. Avant d’en arriver là, il existe heureusement tout un panel d’outils de dialogue et de médiation qui, si les parties prenantes jouent le jeu de la remise en question, peut offrir de réelles solutions.

Nos formations dans ce domaine : 

Sylvie Thibault - ORSYS *Sylvie Thibault, spécialiste du développement personnel. Avec un master en programmation neurolinguistique, elle accompagne et forme notamment au lâcher-prise.  Mais elle forme également en techniques de communication et management.
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2 commentaires sur “Manager toxique : quelle responsabilité pour l’entreprise ?

  • BEN AMAR

    Bonjour Sylvie,

    Voilà un sujet d’actualité qui n’est pas pris au sérieux malheureusement et qui mérite d’être mis en avant sous forme de prévention en entreprise. Parce que souvent c’est trop tard lorsque nous avons connaissance de la problématique le collaborateur est déjà perdu ou en dépression.

    Cordialement,
    Anissa Ben Amar