Seniors au travail : et si on réinventait le modèle de l’entreprise ? 4


Share Button
Seniors au travail : et si on réinventait le modèle de l’entreprise ?

La future réforme des retraites pourrait inciter les Français.e.s à travailler plus longtemps. Un dilemme pour les premiers concernés car les seniors sont souvent mal considérés par l’entreprise et peu enclins à poursuivre leur carrière. Quelques années après la loi en faveur de l’emploi des seniors, un état des lieux s’impose.

Par la Rédaction ORSYS

Alors que la nouvelle réforme des retraites se prépare, il se murmure que si l’âge légal de départ à la retraite n’était pas modifié (62 ans), il faudrait désormais atteindre son 64e anniversaire pour percevoir sa pension à taux plein. Un projet qui commence à faire grincer des dents les principaux intéressés tout aussi bien que les entreprises, comme le démontre l’étude réalisée en février dernier*.

Les seniors veulent partir plus tôt

Poursuivre sa carrière ? Très peu pour eux… Les seniors sont quasiment 90 % à estimer que travailler plus longtemps générera de la fatigue physique. D’autres (77 %) pensent que l’usure professionnelle sera de mise. Et il peut y avoir de grandes chances de se désintéresser de son travail ou d’être démotivé à cet âge-là, ou même de ne pouvoir tenir le rythme. D’ailleurs, la plupart jugent que cet allongement de la vie professionnelle serait à l’origine de problèmes de santé qui interféreraient avec l’exercice de leur métier.

Même s’ils et elles étaient volontaires, les trois quarts des seniors interrogés craignent de finir « au placard », et de ne plus se voir évoluer ni de pouvoir accéder aux formations.

Les chefs d’entreprise peu convaincus

Si les seniors voulaient travailler plus longtemps, les dirigeant.e.s seraient-ils pour autant favorables à l’embauche des plus âgé.e.s ? L’enquête dévoile, là encore, des résultats peu encourageants : six chefs d’entreprise sur dix sont inquiets d’avoir à gérer le personnel senior. En cause : la possible résistance au changement. En parallèle, beaucoup se préoccupent des probables hausses des risques d’accidents et de maladies professionnelles (63 %) ou d’arrêts maladie (53 %)… et des coûts liés au travail.

Enfin, près d’un.e entrepreneur sur deux craint un manque de capacité d’adaptation du personnel senior aux nouveaux outils et technologies.

Plus de cheveux gris au travail…  et au chômage !

Pourtant, ces dernières années, l’emploi des seniors a bondi, triplant en dix ans. La part des salarié.e.s de 65 à 74 ans est en effet passée de 1,1 % en 2006 à 3 % en 2017**. Un regain d’intérêt qui concerne essentiellement les hommes les plus diplômés et vivant en région parisienne. Le principal facteur à l’origine de ce rebond ? Les réformes des systèmes de retraite et les conditions de cumul-emploi-retraite depuis 2004… 70 % des seniors en emploi cumulent en effet leur travail à une pension de retraite. Il faut dire que face à la faiblesse des pensions de retraite — elles ont été peu revalorisées depuis 2016 —, les retraité.e.s n’ont parfois pas d’autre choix que d’avoir recours à un emploi à temps partiel.

La France semble bien en recul comparée aux pays voisins : seul un tiers des Français âgés de 60 à 64 ans sont encore actifs, contre 47 % en Europe. Il faut dire que le chômage reste dévastateur pour ces tranches d’âge : en mars dernier, le taux de chômage baissait pour tous, sauf pour les plus de 50 ans (+ 2,17 % en un an) ! Le nombre d’inscrit.e.s à Pôle Emploi a explosé en dix ans (+ 179 %)… les ordonnances sur la loi Travail de 2017 facilitant leur éviction. Or, un.e cadre senior qui perd son emploi aura deux fois moins de chances de retrouver un emploi qu’un.e jeune salarié.e. Sans compter que son salaire diminuera entre 20 et 30 %***.

Des lois pour soutenir l’emploi des seniors

Pourtant, les seniors ont de réelles qualités à faire valoir. Leur expérience et leur connaissance du monde de l’entreprise sont des atouts à exploiter. De plus, des « outils » sont mis à disposition des entreprises pour les aider à prolonger la carrière des plus âgé.e.s : tutorat, mentoring, changement de poste pour les métiers pénibles, aménagement des fins de carrière ou du temps de travail… Des solutions que les entreprises d’au moins 50 salarié.e.s sont tenues de mettre en place. Or, seul.e. un.e. dirigeant.e. sur cinq déclarait proposer des actions spécifiques dans son entreprise* !

Que faire alors si le nombre de seniors sur le marché de l’emploi ne cesse d’augmenter ? En 2070, ils et elles pourraient représenter un tiers de la population ! Il semble bien que, face à ce dilemme, la seule issue soit de repenser le modèle de l’entreprise…

* Étude réalisée par Malakoff Médéric Humanis et Harris Interactive, auprès de 400 dirigeants d’entreprises et de 1 003 salariés (février-mars 2019)

** Source Insee

*** Source Apec

Découvrez nos formations dans ce domaine : 

Recrutement et accompagnement des seniors :

 

Pour les talents seniors :

 

Pour les marketers !

Share Button

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

4 commentaires sur “Seniors au travail : et si on réinventait le modèle de l’entreprise ?

  • Marc

    Comment l’Etat peut-il d’un côté faciliter le licenciement des + de 50 ans et de l’autre engager les seniors à travailler plus longtemps, en mettant en place de mesures censées les maintenir en poste ? Une chose est sûre avec un nouveau système de retraite par points, les futurs retraités, davantage confrontés à des périodes de chômage à travers une durée de cotisation plus longue, verront encore le montant de leur pension de retraite diminuer. Un bon moyen pour l’Etat de faire des économies.

  • AMVA

    Il y a sans doute méprise sur le terme senior dns le monde professionnel. Dommage que vous ne clarifiiez pas à partir de quel âge les personnes interrogées ont répondu ces différentes choses alors que dans le monde professionnel on parle de senior dès l’âge de 45 ans, et je doute fort qu’un « senior » de 45, 50, 55 et même 60 ans vous répondra la même chose qu’un « senior » de 65, 67 ou 70, ou même 75 ans.
    Un article dédié à clarifier ce que les uns et les autres entendent par « senior » contribuerait sans le moindre doute à déstigmatiser les « senior » dans le monde du travail en France, puisque dans bien d’autres pays « senior » veut juste dire véritablement qualifié et expérimenté, sans questionner pour autant son élan et sa force de travail, ni même son âge, et n’est considéré  » trop vieux pour travailler » que quelqu’un à partir de 70-72 ans.

    • Rédaction d'ORSYS Auteur de l’article

      Bonjour,

      Merci pour votre commentaire. Ce sujet nous a donné l’envie de traiter de cette question dans un prochain article justement.

      Bonne journée
      L’équipe ORSYS