La méditation pour travailler mieux ? 7


Share Button

Méditation

 

Dans la continuité des courants qui amènent à penser le développement personnel au service de l’entreprise, la méditation comme le yoga prend ses racines dans des pratiques qui n’ont rien à voir avec le monde de l’entreprise tel qu’on le connaît. Victimes d’a priori, elles ne sont pas démocratisées. Pourtant des études scientifiques montrent de réels bienfaits grâce à l’exercice de la méditation qui se développe dans des secteurs comme le milieu hospitalier ou les écoles. Betty Martin* formatrice, pédagogue, enseignante de méditation explore le sujet avec nous.

 

La méditation, ça marche comment ?

La méditation peut être envisagée comme une pratique laïque. Elle n’a rien de mystérieux et consiste en un entraînement de l’esprit qui permet de porter l’attention sur le moment présent : il s’agit d’observer son fonctionnement mental et ses émotions.

Elle prend ses origines dans les philosophies d’Asie qui la pratiquent depuis des millénaires (l’hindouisme, le bouddhisme etc.), lesquelles ont vu naître de véritables définitions de la méditation à travers leurs langues :

– en sanskrit (bhâvana) : cultiver et développer

– en tibétain (gom) : se familiariser avec ses qualités et des aperçus nouveaux associés à un nouveau mode d’être

Du fait de sa présence importante dans les religions d’Asie, l’amalgame est souvent fait de la méditation comme pratique ésotérique. Ces définitions la présentent pourtant comme une pratique plutôt philosophique qui conduit à une certaine paix intérieure et une certaine sérénité. Il s’agit d’apprendre à percevoir de façon distanciée. Pré-existante, cette capacité à méditer se cultive. Ainsi, on peut travailler son mental comme on travaille son corps. Le mental est la perception du monde et la méditation consiste à transformer cette perception du monde dans le but de vivre autrement. Ce travail de contemplation a pour objectif d’avoir une influence concrète sur ses conditions de vie en maîtrisant ses émotions pour ne plus en être esclave.

 

Comment méditer ?

La pratique de la méditation a beau être accessible à tout le monde, elle demande de la régularité. Elle nécessite de la discipline et de la volonté car elle ne se développe pas facilement. Comme pour un sportif, c’est l’entraînement qui donnera du résultat. Avec l’intérêt des sciences pour cette discipline et les tests probants qui en découlent, sa pratique s’est laïcisée : elle paraît en effet plus concrète du fait des preuves apportées par les examens scientifiques.

Méditation

Comme pour le yoga, elle ne nécessite pas forcément d’équipement et pour bien pratiquer la méditation, il convient d’observer quelques règles de base :

– avoir conscience d’un engagement profond

– méditer quotidiennement (plutôt un petit peu tous les jours qu’une grosse fois de temps en temps)

– s’installer dans un endroit dédié à soi

– adopter une posture confortable

– garder le dos droit (impérativement)

Développer la pleine conscience, c’est commencer par un processus de mise en condition qui consiste en des exercices corporels et de respiration. Y consacrer environ 20 minutes par jour est un début. Cette pause méditation peut se faire seul ou être accompagnée grâce à un professeur ou même à des applications de plus en plus nombreuses (Petit Bambou, Pranayama, Méditer avec Christophe André etc.).

Un exercice type :

– redresser sa posture

– placer toute l’attention sur le moment présent

– se concentrer sur l’air qui entre et qui sort des poumons

– observer ce qui distrait l’attention (bruits, mouvements…)

– abandonner ces distractions pour se reconcentrer sur la respiration

Le besoin d’un cadre calme et serein pour s’entraîner prend tout son sens dans la mesure où la méditation est un travail de prise de recul et de compréhension de l’environnement qui demande d’observer ce qui le compose.

 

La méditation, quelles preuves de son efficacité ?

Prenant naissance dans la sphère de la spiritualité, la méditation est encore sujette à un manque de crédibilité bien que, de plus en plus, la science s’intéresse à ses bienfaits sur la santé.

En effet, grâce aux progrès des neurosciences et de l’imagerie médicale, la science a prouvé que c’était possible d’exploiter la méditation à des fins de bien-être. En étudiant des sujets ayant pour la plupart une pratique importante de la méditation (plus de 50000 heures de pratique) contre des sujets moins expérimentés, nombre d’études** prouvent scientifiquement que la méditation n’est pas qu’une vue de l’esprit.

Par exemple, un sujet possédant plus de 50000 heures de méditation verra sa concentration active durer 45 min quand quelqu’un de non exercé aura une capacité de concentration de 10 minutes environ.

La MBSR (Mindfulness-Based Stress reduction) ou Réduction du stress basée sur la pleine conscience (alliant méditation, conscience du corps, mouvements en conscience) est le nom donné par Jon Kabat-Zinn***, médecin émérite, au programme qu’il développe à la clinique de réduction du stress du centre hospitalier du Massachusetts depuis 1979. Ce médecin par cette appellation de pleine conscience a permis de développer la technique de la méditation dans les hôpitaux, les entreprises, les écoles. Aujourd’hui cette technique connaît un essor impressionnant. De nombreuses études s’en emparent Il y a 20 ans : 30 études par an sur les effets de la pleine conscience au point de vue clinique. Aujourd’hui 800 publications dans des revues scientifiques respectables.

Les études montrent donc de véritables résultats mesurés sur les points suivants :

– amélioration de la qualité de vie des malades

– réduction du stress et de l’anxiété

– réduction de l’hypertension

– diminution des symptômes dépressifs

– aide à faire face à la douleur

– régulation du système immunitaire

– ralentissement du vieillissement

 

Qu’apporte-t-elle en entreprise ?

On peut alors se demander en quoi elle pourrait être utile au quotidien et plus spécifiquement dans le cadre de l’entreprise.

Méditation

La méditation conduit à une prise de recul sur des situations et des émotions vécues. Le sang-froid qu’elle enseigne permet l’opérationnalité que demandent les projets d’entreprise.

> plus grande connaissance de soi-même et de compréhension des autres

> renforcer une vision qui a du sens, plus de charisme (managers)

> ajustement de l’influence de l’ego

> plus de concentration

> développer le sens des priorités

> diminuer du stress

> développer la créativité

> s’extraire des conflits, la capacité à ne plus se laisser entraîner dans des réactions émotionnelles quasi-automatiques

> permettre de développer un leadership inspiré et inspirant

 

Comment la mettre en place ?

Pour adapter l’exercice de la pleine conscience au monde de l’entreprise, il faut garder en tête qu’il est important de se détacher des causes de stress. A savoir : n’avoir aucun désir de résultat et lutter contre la performance (lâcher tout désir de performance) . C’est prendre conscience du paradoxe de la détermination et du lâcher-prise.

Mais, outre le bien-être personnel dans ses fonctions, la méditation peut convenir dans un certain nombre de circonstances telle qu’appréhender des conversations difficiles, présenter des projets, défendre des opinions etc.

Exemple : pour appréhender une conversation difficile :

– identifier la dite conversation

– méditer pendant 5 à 10 minutes

– imaginer la conversation telle qu’on la souhaite

– porter attention au message essentiel

– répéter autant de fois que nécessaire

Peu démocratisée dans le giron des entreprises, la mise en place de pratique méditative dans un but de bien-être et de performance demande une petite stratégie. Dévalorisée par une allure trop lunaire et une inactivité qui s’oppose au principe de la productivité, il faut faire reconnaître la méditation comme positive et efficace.

Alors, résultats des études scientifiques à l’appui, il s’agirait d’introduire la méditation comme un atelier découverte pour en faire valoir les bienfaits. Elle ne peut donc venir que de quelqu’un qui en connaît déjà les bénéfices.

Pour finir, la méditation peine à entrer dans le monde de l’entreprise en France parce que l’état d’immobilité ne fait pas partie de sa culture. L’idée de se fier à des raisonnements moins factuels peut également pousser les entreprises à considérer la méditation comme un concept beaucoup trop similaire à des notions religieuses et qui n’aurait donc nullement sa place dans son sein. A méditer…

 

*** John Kabat-Zin est un professeur de médecine. Il a fondé et dirige la Clinique de Réduction du Stress et le Centre sous la pleine conscience.

Formations associées :

Gérer son stress, niveau 1

Faire face à la pression professionnelle et gagner en efficacité

Mieux utiliser vos ressources internes

Maîtriser ses émotions pour être plus efficace

** Exemples d’études

  • Étude menée par Julie Brefczynski et Antoine Lutz dans le laboratoire de Richard Davidson : comparés aux néophytes, les méditants relativement expérimentés (19000 heures de pratique) montrent une activité accrue dans les aires cérébrales liées à l’attention.
  • Un chercheur du laboratoire d’Anne Treisman, l’une des spécialistes des recherches menées sur l’attention, a analysé chez des méditants expérimentés leur capacité à gérer un phénomène appelé « clignement attentionnel ». Si l’on montre à un sujet une séquence de stimuli (mots ou images) en succession visuelle rapide, on observe de manière générale dans le cas des sujets non entrainés à la méditation que, lorsque les sujets ont perçu correctement le premier stimulus, le second et les suivants ne sont pas perçus, parce que le cerveau est toujours impliqué dans le traitement des stimuli consciemment perçus et ne dispose pas d’autres ressources attentionnelles pour traiter les stimuli suivants. On appelle « clignement attentionnel » cette incapacité à traiter les images suivantes. Les méditants sont nettement moins affectés par le clignement attentionnel. Heleen Slagter et Antoine Lutz ont également montré qu’après un entrainement de 3 mois à la méditation, le clignement attentionnel se trouvait considérablement réduit.

Betty MARTIN

Betty Martin

Riche de ses outils techniques d’expression, de ses diverses formations en psychologie, en art thérapie, en théâtre forum sur les conflits, de sa pratique du yoga et de la méditation, elle élabore des formations en direction des entreprises et accompagne en coaching individuel et collectif.

Share Button

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

7 commentaires sur “La méditation pour travailler mieux ?

  • Nicolas Weber

    Article très intéressant qui entre en résonnance avec un stage de relaxation par la respiration que j’ai fait il y a peu de temps. La lecture de cette publication m’incite à creuser. 🙂

  • Jaafar

    Merci pour cet article. Je trouve que malheureusement en France cette pratique n’est pas forcement très bien perçue/comprises.
    Pour moi la méditation est le meilleur moyen d’être en accord avec son propre corps et psyché. La méditation m’a permis de comprendre que la source du bonheur et de l’épanouissement ne peut être que trouvé qu à l’intérieur de soi-même.

    • Rédaction d'ORSYS Auteur de l’article

      Merci pour ce commentaire, c’est en effet la conclusion de notre article; pour le moment, l’approche est encore mal interprétée mais gageons que cela changera 🙂 Bonne soirée à vous

  • Frédéric Lilienfeld

    Bonjour,
    Très bon article et pertinent étant professionnel dans la gestion du stress, burn-out ainsi que les risques psychosociaux en entreprise
    quelle personne contacter afin de vous informer d’une solution efficace qui a 20ans d’expérience en milieux clinique.