La méditation pour travailler mieux ? 8


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Méditation

Dans la continuité des courants qui amènent à penser le développement personnel au service de l’entreprise, la méditation, comme le yoga prend ses racines dans des pratiques qui n’ont rien à voir avec le monde de l’entreprise tel qu’on le connaît. Victimes d’a priori, elles ne sont pas démocratisées. Pourtant des études scientifiques montrent de réels bienfaits grâce à l’exercice de la méditation qui se développe dans des secteurs comme le milieu hospitalier ou les écoles. Betty Martin*, formatrice, pédagogue et enseignante en méditation explore le sujet avec nous.

La méditation, ça marche comment ?

La méditation peut être envisagée comme une pratique laïque. Elle n’a rien de mystérieux et consiste en un entraînement de l’esprit qui permet de porter l’attention sur le moment présent. Il s’agit d’observer son fonctionnement mental et ses émotions.

Elle prend ses origines dans les philosophies d’Asie qui la pratiquent depuis des millénaires (l’hindouisme, le bouddhisme etc.). Lesquelles ont vu naître de véritables définitions de la méditation à travers leurs langues :

  • en sanskrit (bhâvana) : cultiver et développer
  • en tibétain (gom) : se familiariser avec ses qualités et des aperçus nouveaux associés à un nouveau mode d’être

Du fait de sa présence importante dans les religions d’Asie, l’amalgame est souvent fait entre méditation et pratique ésotérique. Ces définitions la présentent pourtant comme une philosophie dont l’objectif est une certaine paix intérieure. Il s’agit d’apprendre à percevoir de façon distanciée. Pré-existante, cette capacité à méditer se cultive. Ainsi, on peut travailler son mental comme on travaille son corps. Le mental est la perception du monde et la méditation consiste à transformer cette perception du monde dans le but de vivre autrement. Ce travail de contemplation a pour objectif d’avoir une influence concrète sur ses conditions de vie en maîtrisant ses émotions pour ne plus en être esclave.

Comment méditer ?

La pratique de la méditation a beau être accessible à tout le monde, elle demande de la régularité. Elle nécessite de la discipline et de la volonté car elle ne se développe pas facilement. Comme avec une activité sportive, c’est l’entraînement qui donnera du résultat. Avec l’intérêt des sciences pour cette discipline, sa pratique s’est même laïcisée.

Méditation

Comme pour le yoga, elle ne nécessite pas forcément d’équipement. Mais pour bien pratiquer la méditation, il convient d’observer quelques règles de base :

  • avoir conscience d’un engagement profond
  • méditer quotidiennement
  • s’installer dans un endroit dédié à soi
  • adopter une posture confortable
  • garder le dos droit (impérativement).

Ainsi, pour développer la pleine conscience, il faut commencer par un processus de mise en condition qui consiste en des exercices corporels et de respiration. Y consacrer environ 20 minutes par jour est un début. Cette pause méditation peut se faire seul ou accompagné d’un professeur, voire à l’aide d’applications (Petit Bambou, Pranayama, Méditer avec Christophe André etc.).

La nécessité d’un cadre calme et serein pour s’entraîner prend tout son sens dans la mesure où la méditation est un travail de prise de recul et de compréhension de l’environnement, qui demande d’observer ce qui le compose.

La méditation, quelles preuves de son efficacité ?

Parce qu’elle est issue de la sphère de la spiritualité, la méditation est encore sujette à un manque de crédibilité. Cependant, la science s’intéresse de plus en plus à ses bienfaits sur la santé.

En effet, grâce aux progrès des neurosciences et de l’imagerie médicale, la science a prouvé qu’il était possible d’exploiter la méditation à des fins de bien-être. En prenant pour sujets des personnes ayant pour la plupart une pratique importante de la méditation, contre des sujets moins expérimentés, nombre d’études** prouvent scientifiquement que la méditation n’est pas qu’une vue de l’esprit.

Par exemple, un sujet possédant plus de 50000 heures de méditation verra sa concentration active durer 45 min, quand quelqu’un de non exercé aura une capacité de concentration de 10 minutes environ.

La MBSR, Mindfulness-Based Stress reduction ou réduction du stress basée sur la pleine conscience (alliant méditation, conscience du corps et mouvements en conscience), est le nom donné par Jon Kabat-Zinn***, médecin émérite, au programme qu’il développe à la clinique de réduction du stress du centre hospitalier du Massachusetts depuis 1979. Ce médecin a permis de développer la technique de la méditation dans les hôpitaux, les entreprises, les écoles. Aujourd’hui, cette technique connaît un essor impressionnant, et les études présentent de véritables résultats mesurés sur les points suivants :

  • amélioration de la qualité de vie des malades
  • réduction du stress et de l’anxiété
  • réduction de l’hypertension
  • diminution des symptômes dépressifs
  • aide à faire face à la douleur
  • régulation du système immunitaire
  • ralentissement du vieillissement.

Qu’apporte-t-elle en entreprise ?

On peut alors se demander en quoi elle pourrait être utile au quotidien et, plus spécifiquement, à l’entreprise.

Méditation

La méditation conduit à une prise de recul sur des situations et des émotions vécues. Elle apprend ainsi à gérer tout projet avec sang-froid, en apportant notamment :

Comment la mettre en place ?

Pour adapter l’exercice de la pleine conscience au monde de l’entreprise, il faut garder en tête qu’il est important de se détacher des causes de stress. Par exemple, n’avoir aucun désir de résultat et lutter contre la performance (lâcher tout désir de performance) . C’est prendre conscience du paradoxe de la détermination et du lâcher-prise.

Mais, outre le bien-être personnel dans ses fonctions, la méditation peut convenir dans un certain nombre de circonstances: appréhender des conversations difficiles, présenter des projets, défendre des opinions, etc.

Peu démocratisée en entreprise, la mise en place de la pratique méditative dans un but de bien-être et de performance demande donc le développement d’une stratégie adaptée. À commencer par faire reconnaître la méditation comme positive et efficace. Alors, résultats des études scientifiques à l’appui, il s’agirait d’introduire la méditation comme un atelier découverte pour en faire valoir les bienfaits. Elle ne peut donc venir que de quelqu’un qui en connaît déjà les bénéfices.

Enfin, la méditation peine à entrer dans le monde de l’entreprise en France parce que l’état d’immobilité ne fait pas partie de sa culture. L’idée de se fier à des raisonnements moins factuels peut également pousser les entreprises à considérer la méditation comme un concept beaucoup trop similaire à des notions religieuses et qui n’aurait donc nullement sa place dans son sein…

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** Des exemples d’études :

  • Étude menée par Julie Brefczynski et Antoine Lutz dans le laboratoire de Richard Davidson : comparés aux néophytes, les méditants relativement expérimentés (19000 heures de pratique) montrent une activité accrue dans les aires cérébrales liées à l’attention.
  • Un chercheur du laboratoire d’Anne Treisman, l’une des spécialistes des recherches menées sur l’attention, a analysé chez des méditants expérimentés leur capacité à gérer un phénomène appelé « clignement attentionnel ». Si l’on montre à un sujet une séquence de stimuli (mots ou images) en succession visuelle rapide, on observe de manière générale dans le cas des sujets non entrainés à la méditation que, lorsque les sujets ont perçu correctement le premier stimulus, le second et les suivants ne sont pas perçus, parce que le cerveau est toujours impliqué dans le traitement des stimuli consciemment perçus et ne dispose pas d’autres ressources attentionnelles pour traiter les stimuli suivants. On appelle « clignement attentionnel » cette incapacité à traiter les images suivantes. Les méditants sont nettement moins affectés par le clignement attentionnel. Heleen Slagter et Antoine Lutz ont également montré qu’après un entrainement de 3 mois à la méditation, le clignement attentionnel se trouvait considérablement réduit.

*** John Kabat-Zin est un professeur de médecine. Il a fondé et dirige la Clinique de Réduction du Stress et le Centre sous la pleine conscience.

Betty MARTIN

Betty Martin

Riche de ses outils techniques d’expression, de ses diverses formations en psychologie, en art thérapie, en théâtre forum sur les conflits, de sa pratique du yoga et de la méditation, elle élabore des formations en direction des entreprises et accompagne en coaching individuel et collectif.

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