Tous « vidéosurveillés » ?


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La multiplication des caméras dans les rues, dans les bâtiments, autrefois sujet tabou, devient-elle souhaitée par les Français ? Marc Pichaud*, consultant et expert réseaux et vidéo, nous éclaire sur l’évolution du marché de la vidéosurveillance en France.

Vidéosurveillance/vidéoprotection : désigne-t-on la même chose ?

Marc Pichaud : Ces deux termes désignent des systèmes de visualisation et d’enregistrement à partir de caméras vidéo. Lorsqu’ils agissent en sites privés, et que les caméras sont reliées à des moniteurs, on parle de vidéosurveillance ; en site public ou sur la voie publique, le terme utilisé est plutôt la vidéoprotection, intégrant la dimension « sécurité » et de défense du citoyen.

Justement, les Français ne craignent-ils pas le « flicage » ?

M.P. : On a souvent en effet comparé les caméras à l’œil inquisiteur du Big Brother de George Orwell. Avec l’attentat de Charlie et les suivants, les gens ont découvert que les attaques pouvaient avoir lieu n’importe où. Or, bien souvent, les seules images disponibles permettant des identifications étaient celles issues de Smartphones.

videosurveillance2Alors que le marché est encore très timoré en France, nous commençons à découvrir que les caméras qui permettent de lire les plaques d’immatriculation et d’identifier les individus peuvent être utiles. Aujourd’hui, le citoyen plébiscite l’effet dissuasion des caméras, ainsi que leur rôle dans l’élucidation…

Qu’entendez-vous par « effet dissuasion » ?

M.P. : Tagging, vandalisme, excès de vitesse, parkings et déchetteries sauvages, trafics de drogue… de nos jours, les incivilités se multiplient. Or, nous n’avons pas les moyens d’embaucher des fonctionnaires postés dans les rues. Mais là où on installe les caméras, on constate qu’il se passe moins de choses… Et lorsqu’il se passe quelque chose, on le sait !

On ne va pas supprimer la petite délinquance avec la vidéosurveillance, mais on la déplacera. Les excès de vitesse disparaîtront là où seront postées les caméras. Les tagueurs choisiront d’autres murs, etc. C’est ce qu’on appelle « l’effet plumeau » : la poussière se dépose ailleurs… 

 … D’où l’augmentation du nombre de caméras ?

M.P. : Il est certain que cela a un impact sur un marché devenu prospère. Même les petites villes dont les budgets sont restreints installent des caméras de surveillance, car cela répond à une demande des citoyens. La vidéoprotection sert alors à contrôler un nœud urbain. À rechercher des délinquants, à observer ce qui se passe sur des zones clés de circulation… La vidéosurveillance en entreprise aide à la levée de doutes, service-de-videosurveillance-4981861lorsqu’une alarme intrusion sonne à 2 heures du matin par exemple, ou pour contrôler visuellement l’identité d’un porteur de badge.

Il est difficile aujourd’hui de se priver de ce procédé dans une société. La vidéosurveillance  ne se destinet d’ailleurs plus uniquement aux entreprises sensibles. Bureaux de tabac, lunetiers, entreprises ou organismes recevant du public susceptible d’incivilités verbales, supérettes souhaitant protéger leurs rayons « sensibles » (alcool, électronique…), agriculteurs désirant surveiller leur exploitation, particuliers soucieux de la sécurité de leur domicile en leur absence… Tout le monde est concerné !

Un marché donc porteur…

M.P. : Sur ces dix dernières années, malgré la crise, le marché français de la vidéo sur IP a progressé, en valeur, de près de 5,5 %… ceci, entre autres, grâce aux fonds de financement publics aidant les collectivités à s’équiper. Beaucoup d’anciennes installations coaxiales continuent de migrer vers l’IP. Notamment dans les grandes structures où la flexibilité de cette technologie permet de superviser de grands parcs de caméras.

Pour les entreprises privées, même si elles ne sont pas subventionnées, il est désormais plus facile d’installer quelques caméras de vidéosurveillance, compte tenu de la maturité du marché et de la chute des coûts. pictoalu_s5
On peut réutiliser les infrastructures réseaux existantes et les compétences des informaticiens de l’entreprise. Si celle-ci a les moyens financiers de se doter d’un centre de sécurité avec des opérateurs, elle procédera à une surveillance temps réel.

C’est le cas, par exemple, des magasins, des centres commerciaux ou des sites industriels : la vidéo guide les équipes de sécurité au sol vers le lieu d’intervention précis, et aide à prévenir un incident. Si on ne peut pas avoir de personnel derrière les écrans, les vidéos seront un appui essentiel pour l’élucidation a posteriori. Dans les deux cas, il est important que les caméras « stratégiques » aient bien été réglées afin de fournir une image d’un visage ou d’une plaque d’immatriculation avec autant d’efficacité, de jour… comme de nuit !

Globalement, où en est le marché français par rapport à nos voisins ?

M.P. : La législation française est très protectrice pour le citoyen. On ne peut pas installer des caméras où on veut, comme en Grande-Bretagne par exemple. On estime le nombre de caméras à 2 millions en France, alors qu’1 million de caméras couvrent la seule ville de Londres. Nous avons encore des marges de progrès…

Formations associées :

■ VID   Déployer un réseau de vidéosurveillance sur IP

■ CME   Installer, configurer et dépanner des caméras IP

*Marc PICHAUD

Ancien Country Manager Axis Communications, US Robotics et Visonic, il a cofondé Just DO IP, cabinet spécialisé dans les technologies IP, particulièrement dans la Vidéo IP et les nouvelles technologies réseaux avec une approche multi marque et membre des associations professionnelles AN2V et du SVDI. Il intervient régulièrement comme consultant ou expert pour Reed Expo lors de séminaires consacrés à la sécurité, notamment sur Expo Protection et APS et forme sur tous les sujets autour de la vidéosurveillance.

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